Mediator® : les politiques en cause

Le scandale du Mediator® met désormais en cause les politiques et les anciens ministres de la Santé, qui se sont succédé depuis 1998. "Ignorer pour un politique, c’est une faute. Un ministre doit être responsable de son administration quelle qu’elle soit", s’est insurgé le Pr Bernard Debré, député UMP. "Il doit donc être au courant. S’il ne l’est pas, c’est qu’il y a une faille dans la transmission", a ajouté cet ancien ministre, hier sur Europe 1.

Il assure ne vouloir "accuser" ni "stigmatiser personne", mais appelle les anciens ministres, de gauche ou de droite, qui étaient en place durant la longue carrière du Mediator®, à prendre leurs responsabilités, rapporte Le Parisien/ Aujourd’hui (page 10).

Les responsables socialistes en charge de la santé en 1998, Martine Aubry et Bernard Kouchner, "n’ont pas été alertés de la dangerosité du médicament", a déclaré hier David Assouline, secrétaire national à la communication du PS. "S’il y avait eu une telle information [sur la dangerosité du médicament], probablement ils s’en souviendraient parce qu’ils étaient en état d’alerte permanent" sur les affaires sanitaires, a ajouté David Assouline.

"Dans les faits, un ministre ne peut pas être prévenu dès qu’un doute se fait jour", plaide, dans Libération (page 12), Bernard Bégaud, professeur de pharmacologie à l’université de Bordeaux. "Les dossiers sont tellement nombreux que les cabinets seraient rapidement noyés. La création d’agences autonomes, telles que l’Afssaps, vise précisément à déléguer des pouvoirs de régulation", explique cet expert.

Le scandale sanitaire prend désormais une telle ampleur que tout le monde réclame la transparence, le ministre de la Santé en tête, qui a confié une mission à l’Igas. Xavier Bertrand dément l’information, publiée hier dans Les Echos, selon laquelle il n’aurait pas donné suite, en 2006, à un avis défavorable au remboursement du Mediator® émis par la commission de transparence du médicament, qui jugeait son efficacité discutable. Le ministre indique dans Les Echos d’aujourd’hui (page 4) qu’il ne s’est pas opposé au déremboursement de cet antidiabétique.

Désormais, il s’agit aussi de rétablir la confiance dans les médecins qui ont prescrit ce médicament comme un coupe-faim, les pharmaciens qui l’ont vendu et les autorités sanitaires qui n’ont rien vu ou rien dit, font remarquer les associations de malades. En un mois, l’Association française des diabétiques a reçu plus de 600 témoignages de patients ayant pris du Mediator®, souligne La Croix (page 6). "Certains ont des complications, d’autres non", observe Gérard Raymond, son président. "Mais, ce qui est frappant, c’est de constater que dans les deux tiers des cas, ces patients n’étaient pas diabétiques et n’auraient jamais dû se faire prescrire ce médicament", ajoute-t-il.

Cette affaire "risque de renforcer la perte de confiance à l’égard des autorités sanitaires", estime le Pr Bernard Bégaud. "Il faudra prendre beaucoup de temps pour la rétablir, en prenant des décisions courageuses, notamment en ce qui concerne de possibles conflits d’intérêts", ajoute le pharmacologue dans Libération.

John Sutton