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Mediator® : le rapport Debré-Even préconise « une véritable refonte des structures chargées de la politique de santé »

Le président de la République doit recevoir cet après-midi le rapport sur "la refonte du système français de contrôle de l’efficacité et de la sécurité du médicament", des mains de Bernard Debré, député UMP, et de Philippe Even, président de l’Institut Necker. Selon Les Echos (page 14), ce document, com­mandé par Nicolas Sarkozy après l’affaire du Mediator®, "préconise une véritable refonte des structures chargées de la politique de santé" et pourrait déboucher sur un projet de loi dès l’été.

Le rapport recommande notamment de scinder l’Afssaps en deux entités indépendantes et autonomes, placées sous une direction commune. La première serait chargée de l’évaluation thérapeutique et économique du médicament. La seconde se verrait confier la responsabilité de la pharmacovigilance, ce qui permettrait de faire remonter les alertes plus rapidement. Cette mesure rejoint l’une des 10 propositions formulées par la Mutualité Française dans son "Plan pour le médicament" dévoilé le 10 mars.

L’Afssaps retrouverait par ailleurs son ancienne appellation d’"Agence du médicament" et s’appuierait sur une quarantaine d’experts, issus du milieu médical et universitaire, pour garantir cette mission d’évaluation.
"Ces experts (...) seront des spécialistes incontestables qui n’auront aucun conflit d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique. J’estime le coût de cette mesure à environ 10 millions d’euros par an", précise Philippe Even, qui prévoit pour ces experts un sa­laire conséquent. L’Agence du médicament récupérerait également les responsabilités de la commission de la transparence, qui dépend actuellement de la Haute Autorité de santé (HAS). "La HAS devra se concentrer sur sa mission ini­tiale consistant à définir les stratégies globales de santé, la prise en charge des malades et le parcours de soins", indique Philippe Even dans Les Echos.

Autre recommandation importante : la suppression de l’évaluation du service médical rendu (SMR) des nouvelles molécules, au profit exclusif de l’ASMR (amélioration du service médical rendu), ce dernier critère servant également à fixer le taux de remboursement. Selon cette nouvelle procédure, un médicament serait évalué uniquement par comparaison clinique avec une molécule existante. Les essais contre placebo ne seraient plus autorisés, comme le suggérait également le plan de la Mutualité Française. "Cela permettra une évaluation comparative des molécules et une mesure précise de leur valeur ajoutée, plaide Philippe Even. Aujourd’hui, près de 80% des autorisations de mise sur le marché sont délivrées par l’Agence européenne du médicament. Le taux de remboursement est donc le vrai bras armé de l’Etat dans la politique du médicament." Ce mode de classement "au mérite" permettrait de récompenser les laboratoires proposant des médicaments innovants, tout en éliminant "ceux qui ne servent à rien".

Amères pilules
Il est loin le temps où les laboratoires pharmaceutiques lançaient régulièrement des médicaments innovants pour traiter des affections courantes, constate le magazine Capital de mars (pages 74 à 77). Pour innover, les labos doivent désormais se tourner vers les marchés non solvables des pays pauvres ou vers les maladies rares ou plus ciblées comme les cancers, pour lesquelles le potentiel de vente est plus restreint. "Dans les deux cas, le retour sur investissement n’est plus du tout le même", confie au mensuel économique Catherine Lassale, directrice scientifique du Leem.

Autre phénomène constaté par le magazine : lorsque leurs spécialités sont génériquées, les ventes de leurs médicaments princeps s’effondrent d’environ un tiers la première année et de 45% au bout de deux ans. "Pour continuer à remplir leur tiroir-caisse, les labos n’ont donc qu’une solution : lancer en urgence une nouvelle spécialité, prétendument plus efficace, mais qui ressemble en réalité comme deux gouttes d’eau à leur vache à lait précédente", écrit Sandrine Trouvelot, dans Capital (page 75).

"Les enjeux financiers sont si énormes que les labos sont prêts à tout pour imposer leurs supposées nouveautés", estime la députée socialiste Catherine Lemorton. Outre la guérilla juridique, l’industrie pharmaceutique pratiquerait également le dénigrement des génériques susceptibles de leur faire de l’ombre.

Par ailleurs, "l’influence des labos est d’autant plus grande sur les praticiens, qu’ils financent 90% de leur formation continue et achètent à prix d’or les blouses blanches les plus renommées, dont les avis sonnent comme des oracles", pointe le mensuel économique (page 76). C’est avec ces méthodes que les grands laboratoires pharmaceutiques seraient parvenus à reconquérir le marché des statines, qui était tombé aux mains des génériques. Alors que la part de ces derniers culminait à 57% en 2004. Selon les estimations de la Mu­tualité Française reprises dans Capital, elle s’est effondrée à 42%, quatre ans plus tard.
John Sutton