Mediator® : l’Afssaps publie un rapport accablant

Les milliers d'utilisateurs du Mediator® vont très prochainement recevoir un courrier. Et d'après Le Parisien/Aujourd'hui (page 11), c'est l'assurance maladie qui en sera l'expéditeur. "Ces documents nominatifs seront envoyés à tous ceux qui ont pris du Mediator® en 2008 et en 2009 pendant plus de trois mois d'affilée, annonce le quotidien. Il leur sera recommandé d'aller consulter un médecin et de passer des examens complémentaires s'ils ressentent certains symptômes."

Depuis le 16 novembre, cet antidiabétique, utilisé comme coupe-faim et adopté par deux millions de Français, ne cesse de faire parler de lui. A cette date, rappelle Le Parisien/Aujourd'hui, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a publié un rapport suspectant ce médicament d'avoir causé la mort de 500 personnes et d'être responsable de l'hospitalisation de 3 500 autres entre 1976, année de sa mise sur le marché, et 2009, année de son interdiction.

Les réactions n'ont pas tardé, notait hier Le Journal du dimanche (page 14). En effet, plusieurs plaintes de patients ont été déposées devant les tribunaux et le Parquet de Paris a lancé ses premières investigations. "De son côté, ajoute l'hebdomadaire, le ministre de la Santé a demandé une enquête à l'Inspection générale des affaires sociales." Par ailleurs, les associations de diabétiques ont lancé une pétition "afin que toute la lumière soit faite dans cette affaire", rappelle Le Parisien/Aujourd'hui.

Cette mise à l'index par l'Afssaps a provoqué la colère du laboratoire Servier, fabricant du Mediator® : "Nous sommes sidérés ! C'est à se demander si cette affaire n'est pas une fabrication. Nous voudrions comprendre où sont les morts", réagit Jacques Servier dans ce quotidien.

De son côté, le directeur général de l'Afssaps, Jean Marimbert, défend dans Le Journal du dimanche, le travail de son agence. Selon lui, "il n'y a plus de doute sur le fait que ce médicament peut provoquer des valvulopathies". Face aux critiques qui reprochent à l'agence sa "dépendance" envers l'industrie pharmaceutique au prétexte qu'elle n'a pas interdit plus tôt le Mediator®, Jean Marimbert fait valoir que "le risque a été établi par les décisions prises en 2009 en France et en 2010 au niveau européen". Quant à "cette idée de dépendance envers l'industrie", c'est, selon lui, une contre-vérité absolue. "Nous ne sommes pas les valets des labos !"

Une chose est sûre, notent Les Echos (page 23), cette affaire "bouscule le jeu des chaises musicales dans la santé". En effet, alors que Jean Marimbert était "fortement pressenti à la présidence du Comité économique des produits de santé (CEPS) pour remplacer Noël Renaudin, ce dernier a finalement été reconduit dans ses fonctions".

Mesures "fortes" à venir pour la médecine
Pour faire suite à la remise du rapport d'Elisabeth Hubert sur la médecine de proximité, l'Elysée a annoncé vendredi la mise en place de "mesures fortes" dès 2011. Selon Les Echos (page 4), il s'agit, entre autres, de simplifier les conditions d'exercice, d'encourager l'exercice regroupé, de valoriser la formation initiale et l'aide à l'installation dans les zones sous-médicalisées. En revanche, la refonte du mode de rémunération, pourtant annoncée par le chef de l'Etat la semaine dernière, ne fait pas partie des prévisions. Sa mise en œuvre et son aspect inflationniste expliquent certainement cette mise à l'écart, avancent Les Echos.
Frédéric Lavignette