Mediator® : bras de fer entre Servier et le gouvernement

Le ton est monté hier entre le laboratoire Servier, qui refuse d'assumer tous les préjudices financiers dans l'affaire du Mediator®, et le ministre de la Santé, qui lui demande d'indemniser intégralement les victimes. Dans un entretien au Journal du dimanche (page 9), Xavier Bertrand a rejeté la dernière offre présentée par le laboratoire pharmaceutique. Le ministre a estimé que ce projet "reste inacceptable en l'état", car ne prévoyant "toujours pas de réparation intégrale du préjudice". "Or ce n'est qu'à cette condition qu'ils pourraient demander aux victimes de renoncer à des poursuites devant les tribunaux civils, comme ils en ont l'intention", ajoute-t-il.

Xavier Bertrand somme Servier de "présenter une offre définitive d'ici à la fin de la semaine", afin d'éviter "une situation de blocage incompréhensible".

Si cette nouvelle proposition n'était "toujours pas convenable, il sera alors temps d'envisager d'autres scénarios", a indiqué le ministre. Il n'est "pas question que la solidarité nationale paie à la place des laboratoires Servier", prévient-il. Le fabricant du Mediator® pense au contraire que "dans cette affaire, la responsabilité est partagée entre l'Etat et le groupe pharmaceutique" et que par conséquent, "il n'y a pas de raison que Servier soit seul à assumer tous les préjudices financiers".

Ce bras de fer intervient alors que la médiatrice, Claire Favre, mandatée par les ministères de la Santé et de la Justice, doit présenter aujourd'hui un nouveau dispositif aux associations de victimes, "qui seront seules juges", insiste Xavier Bertrand. Servier avait proposé à la mi-mars la mise en place d'un fonds d'indemnisation des victimes du Mediator® exclues des procédures légales existantes, qui ne remettait pas en cause leur droit à poursuivre le groupe au pénal. Toutefois, le ministre de la Santé a vivement critiqué le délai de six mois imposé par le labo pour la recevabilité des dossiers. "C'est trop court ! Je rappelle que le Mediator® a été commercialisé en France pendant trente-trois ans", souligne-t-il dans le JDD.

Par ailleurs, pour la première fois, des victimes engagent une action contre les autorités sanitaires, pour "défaut majeur de vigilance", relève Le Figaro (page 14). Elles dénoncent les "carences conjointes" de l'Afssaps, de la Haute Au­to­rité de santé et du ministère de la Santé, "qui n'ont pas retiré, dès les premières alertes, un produit dangereux".

Cantonales : victoire de la gauche
A un an de l'élection présidentielle, la gauche a remporté hier le second tour des cantonales, en ravissant plusieurs départements à l'UMP (Jura, Pyrénées-Atlantiques, Mayotte...). Une victoire contestable pour Le Figaro, qui titre en "une" : "L'abstention record relativise les gains de gauche." Le quotidien souligne que "la droite gagne le Val-d'Oise, le département de Dominique Strauss-Kahn". Le taux d'abstention a atteint environ 55 %, soit un léger recul par rapport au premier tour des cantonales. L'UMP, battue dans tous les scrutins locaux depuis 2007, a subi une nouvelle défaite, même si elle s'emploie à minimiser la victoire de la gauche, tout en tirant les leçons de la percée du Front national pour la présidentielle de 2012.

"L'avertissement", titre Libération, sur fond de portrait de Marine Le Pen. Le quotidien (page 2) observe que le Front national s'incruste dans le paysage politique, mais n'arrive en tête que dans deux cantons : Carpentras-nord (Vaucluse) et Brignoles (Var). Dans l'éditorial de Libération (page 2), Nicolas Demorand souligne que ces élections montrent que "le parti de Marine Le Pen remporte là un succès qui dépasse de loin le résultat des urnes". "A un an de la présidentielle, les cantonales sonnent comme un avertissement", prévient-il.

Le Parisien/Aujourd'hui illustre lui aussi sa "une" d'une photo de la patronne du FN, sous le titre : "Elle s'installe." De son côté, avec 49 conseillers généraux, Europe Ecologie-Les Verts (EELV) remporte le pari de sa dirigeante Cécile Duflot de "plus que doubler" ses élus départementaux (24). Enfin, le PCF sauve ses deux derniers bastions : l'Allier et le Val-de-Marne, souligne L'Humanité (page 5).
John Sutton