Médiator® : 80% de prescriptions inadaptées

Les chiffres sont certainement sous-évalués, écrit Le Parisien/Aujour­d'hui (page 9), mais ils font déjà "froid dans le dos". Selon la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam), "en 2008, soit un an avant son retrait du marché, le Médiator® n'a été prescrit que dans 19,6% des cas contre le diabète, l'indication pour laquelle il avait pourtant obtenu une autorisation du marché (AMM)".

Autrement dit, pour cette seule année, ce médicament a été prescrit dans 80,4% des cas comme un coupe-faim, avec les conséquences dramatiques que l'on connaît. D'après les experts, le nombre de décès qui lui sont imputés à la suite de valvulopathies s'élève entre 220 et 330. A plus long terme, il pourrait atteindre entre 1.300 à 2.000.

Dans le détail, explique la Cnam, 378 789 assurés ont été remboursés du Médiator® prescrit contre le diabète, et pour 305.000 Français ce produit a été prescrit en tant que coupe-faim. Et en­core, commente le quotidien, les professions libérales, les indépendants, les agriculteurs n'interviennent pas dans ce calcul, puisque le régime général ne concerne que les travailleurs salariés. En outre, les personnes que les caisses locales ont re­fusé de rembourser pour cause de prescription hors AMM n'ont pas été non plus comptabilisées. "Il est donc probable qu'environ 500.000 Français utilisaient en­core du Médiator® la veille de l'arrêt de ce médicament lancé en 1976", note Le Parisien/Aujourd'hui.

Au niveau des volumes, entre novembre 2008 et novembre 2009, 4,8 millions de boîtes ont été remboursées par l'assurance maladie pour un coût de 18,7 millions d'euros, auxquels il faut ajouter la part des complémentaires qui s'élève à 35%.

Toutes ces données de l'assurance maladie ont été adressées le 31 janvier au collectif Initiative transparence santé qui avait saisi la Commission d'accès aux documents administratifs (Cada), ra­conte le quotidien. Le directeur général de la Cnam, Frédéric van Roekeghem, estime que sur "les 119.104 médecins libéraux, 52 348 ont, en 2009, prescrit au moins une fois du Médiator®. Parmi ceux-ci, 44 275 sont des généralistes".

Plusieurs questions restent toujours en suspens et que n'hésite pas à poser Le Parisien/Aujourd'hui : "Comment et pourquoi certaines caisses primaires d'assurance maladie ont pu rembourser à ce point ce médicament dont les méfaits possibles étaient connus dès 1998 ?" Quant à l'Agence chargée de la sécurité des médicaments (Afssaps), quel rôle a-t-elle vraiment tenu ?

 

Hausse des cas de grippe

Depuis le 1er novembre, la grippe a causé directement la mort de 18 personnes et entraîné une hospitalisation en réanimation de 270 autres cas graves. Pour l'essentiel de ces situations, c'est le virus H1N1 qui en est responsable, le même qui avait entraîné la pandémie de 2009-2010, rappelle La Croix (page 8).

Sur ces 270 cas graves, note le journal, 78% concernent "des personnes faisant partie des groupes traditionnellement à risque et pour lesquelles la vaccination est recommandée et gratuite : les sujets de plus de 65 ans ou ceux ayant une maladie chronique". En revanche, 13% des victimes sont des personnes sans aucun facteur de risque.

Selon l'Institut de veille sanitaire (InVS), deux autres types de personnes sont aussi vulnérables que les personnes âgées. Chez les personnes obèses, 16 cas graves ont été répertoriés dont un décès et, chez les femmes enceintes, on dénombre 4 cas graves.

Afin de limiter l'augmentation des cas graves, dont le nombre est supérieur à ceux observés lors des deux dernières saisons grippales, les autorités de santé souhaitent remobiliser l'opinion autour de la vaccination saisonnière. "Le problème, confie le professeur Odile Launay, de l'hôpital Cochin à Paris, est que la dé­fiance née de la campagne 2009-2010, reste encore profondément ancrée dans une partie de la population."

Frédéric Lavignette

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