Manuel Valls refuse la GPA et défend la famille

La gestation pour autrui (GPA) "est et sera interdite en France", assure le Premier ministre dans un entretien au quotidien La Croix (pages 2 et 3), dans lequel il défend la famille comme "un repère, un pôle de stabilité", ce à deux jours de la Manif pour tous contre la politique familiale et sociétale du gouvernement.

"La France n'a jamais varié sur ce sujet. Elle est opposée à la légalisation de la GPA qui est, il faut le dire, une pratique intolérable de commercialisation des êtres humains et de marchandisation du corps des femmes", ajoute Manuel Valls.

Mais si le gouvernement se laisse "le temps de la réflexion" sur les droits des enfants issus de la gestation pour autrui à l'étranger (substitut à l'autorité parentale, droit à hériter, nationalité…), "en tout état de cause, il exclut totalement d'autoriser la transcription automatique des actes étrangers, car cela équivaudrait à accepter et normaliser la GPA", prévient le Premier ministre. "Il ne faut pas laisser dire non plus que ces enfants sont sans filiation ni identité, précise-t-il. Ils ont une filiation et une identité, mais établies à l'étranger."

Pour devenir parents grâce à une mère porteuse, les Français passent souvent par des agences américaines ou canadiennes, réputées plus sûres, mais aussi plus chères (jusqu'à 120 000 euros), explique L'Express n° 3300 (pages 78 à 82) dans un reportage intitulé : "Leur bébé d'Amérique". Pour lutter contre cette pratique, Manuel Valls annonce, dans La Croix, que la France promouvra prochainement "une initiative internationale qui pourrait aboutir, par exemple, à ce que les pays qui autorisent la GPA n'accordent pas le bénéfice de ce mode de procréation aux ressortissants des pays qui l'interdisent".

Quant à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes, actuellement interdite, "la position du gouvernement sur ce sujet est claire", affirme le Premier ministre, "Nous n'avancerons pas plus loin sur cette question tant que nous n'aurons pas l'avis du Comité consultatif national d'éthique."

Interrogé sur les coupes budgétaires opérées sur les prestations familiales, Manuel Valls estime que "les Français sont prêts à faire des efforts pourvu qu'ils soient justes". "Dans les 21 milliards d'euros d'économies, la politique familiale ne porte qu'une très faible part, avec près de 700 millions d'euros", relativise-t-il.

 

Les labos inquiets pour l'innovation

Le mécanisme de prélèvement sur le chiffre d'affaires des laboratoires pharmaceutiques, prévu par le gouvernement pour réduire le coût pour l'assurance maladie de la prise en charge des nouveaux traitements de l'hépatite C, inquiète les entreprises du médicament, indiquent Les Echos (page 21). Rappelons qu'une cure de trois mois de Sovaldi® (sofosbuvir), nouveau traitement contre l'hépatite C du laboratoire Gilead, coûte 56.000 euros par patient ! Pour traiter les 128.000 personnes victimes de la maladie en France, il en coûterait 7 milliards d'euros, soit le budget de l'Assistance-publique-Hôpitaux-de-Paris !

Pour BMS, dont plusieurs anticancéreux seraient sur le point d'obtenir leur autorisation de mise sur le marché (AMM), "il ne faudrait pas que le cas de l'hépatite C, où il y a tout un gisement de malades en attente de traitement efficace, soit extrapolé à d'autres pathologies comme le cancer où les traitements sont introduits très progressivement".

"Dans les cinq ans qui viennent, on aura quinze à vingt nouveaux produits apportant de vraies améliorations pour les patients", souligne Patrick Errard, président du Leem (Les Entreprises du médicament), qui redoute que l'on s'achemine "vers un système où il y aura une enveloppe pour les produits innovants". "Comment serait-elle allouée et sur quels critères ?", s'interroge Catherine Ducruet, des Echos. Pour Patrick Debiens, président de GSK France, "il faut sortir d'une évaluation des innovations en silo et adopter une vision élargie du système de santé". Notamment en faisant le lien entre le coût d'un nouveau traitement et les économies en matière d'hospitalisations et de traitements symptomatiques. Une façon pour les labos pharmaceutiques de justifier le coût exorbitant de certains traitements ?

John Sutton

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