Maîtriser la politique du médicament

Un collectif d'élus, de médecins et d'experts interpellent Marisol Touraine pour que figurent dans la future loi santé "des dispositions permettant de compenser la faiblesse des moyens de contrôle démocratique dans l'exécution des politiques publiques de santé". Les signataires reprochent concrètement à la ministre de la Santé de n'avoir prévu dans son projet de loi aucun objectif pour réduire les dépenses de médicaments, rapporte Le Parisien/Au­jourd'hui (page 11).

Les Français sont les plus gros consommateurs de médicaments en Europe, rappellent les élus et les experts : entre 50% et 100% de plus que nos voisins les plus proches. "En luttant contre cette surconsommation et cette surfacturation par une meil­leure prescription et une réforme des modalités de fixation des prix, l'assurance maladie (et les complémentaires santé) pourrait réaliser au moins 10 milliards d'euros d'économies avec notre système de dispensation, c'est-à-dire annuler son déficit chronique, et ce, sans dommage pour la santé publique, bien au contraire", estiment les signataires de l'appel.

Dans ce collectif, on retrouve des élus, avec à leur tête, Michèle Rivasi (EELV), députée européenne, François Autain, ancien sénateur PS et ex-secrétaire d'Etat, des médecins et experts, comme la pneumologue Irène Frachon, lanceuse d'alerte sur le Mediator®, le Pr Philippe Even auteur du Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, Me Corinne Lepage, ex-ministre et députée européenne, et Serge Rader, pharmacien et lanceur d'alerte.

Ces personnalités jugent "très opaque" le système de fixation des prix des médicaments et demandent une réforme complète du Comité économique des produits de santé (CEPS), l'organisme chargé de fixer les prix des médicaments. "Aujourd'hui, dans les faits, ce sont les labos qui fixent les prix, souvent sans rapport avec le coût réel. A cause d'eux, des milliers de patients souffrant d'hépatite C ne sont pas soignés !", s'insurge Michèle Rivasi, dans Le Parisien/Aujourd'hui (page 11). Les élus et experts en santé veulent aussi "mettre fin aux conflits d'intérêts avec les laboratoires" pharmaceutiques. "245 millions d'euros ont encore été donnés en cadeau aux médecins de 2012 à 2014", rappelle la députée européenne.

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Le think tank Economie santé des Echos events (page 5) recommande d'agir sur trois leviers pour aider l'Etat à réaliser son plan de 3 milliards d'euros d'économies à l'hôpital. En vingt-cinq ans, les réformes inabouties se sont succédées faute d'avoir remis en cause "des façons de penser bien ancrées et des positions bien établies, les organisations et le goût pour le centralisme des Français", estime le think tank dirigé par Philippe Leduc, qui propose trois pistes d'actions.

Premièrement, "le pouvoir politique ne doit pas entraver la recherche d'efficience des établissements hospitaliers". L'hôpital étant souvent le premier employeur de la commune, la tentation est forte pour les élus de pousser au recrutement quand le chômage sévit. Economie santé estime qu'"il n'est plus tolérable que les élus interviennent dans la vie de l'hôpital en désavouant l'agence régionale de santé (ARS)", dont le rôle est d'organiser les soins sur son territoire.

Deuxièmement, "il faut responsabiliser les équipes de direction générale et médicale par une réelle autonomie de gestion et ses corollaires : objectifs précis, incitation, référentiels, contrôle, évaluation, sanction". C'est ce qu'a mis en place l'AP-HP, en récompensant les services d'urgence qui réduisent le délai d'attente des patients.

Enfin, "le public doit être informé en transparence to­tale". Chacun veut une maternité près de chez soi ? Avant de restructurer, il faut expliquer et convaincre les usagers que "les établissements réalisant trop peu d'actes sont les moins performants".

John Sutton

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