Loi Santé : peu de mesures sur l’alcool et le tabac

"L'action publique était jusqu'à présent principalement orientée vers la prise en charge et les soins, reléguant au second plan la dimension préventive", a souligné le Haut Conseil de la santé publique, qui salue la place faite à la prévention dans la loi Santé, dévoilée le 19 juin par Marisol Touraine et qui sera présentée au Parlement début 2015. "Après le discours, plutôt bien perçu, les attentes sont grandes", estime Le Monde, dans son supplément Science & médecine (page 2). La ministre de la Santé l'a rappelé : le tabac et l'alcool ce sont 123.000 décès par an en France. "C'est gigantesque !", lance-t-elle.

Un jeune de 17 ans sur trois fume tous les jours, un sur deux en mourra. "On ne peut vouloir vaincre le cancer sans agir face au tabac", insiste Marisol Touraine. Mais aucune mesure concrète n'a été dévoilée, constate Le Monde. Le programme national de réduction du tabagisme n'est "pas tout à fait bouclé", indique le ministère de la Santé, car il fait encore l'objet d'arbitrages interministériels. Des mesures comme le paquet neutre ou l'augmentation des prix ont la faveur de la ministre, qui souhaite également interdire la cigarette électronique dans les lieux publics, indique le quotidien.

Autre fléau : l'alcool, à l'origine de 50.000 décès évitables, dont 40% surviennent avant l'âge de 65 ans. Un jeune sur deux est concerné par l'alcoolisation excessive et rapide. Pourtant, "aucune disposition n'a été annoncée ni sur le tabac, ni sur l'alcool", regrette, dans Le Monde, la Ligue nationale contre le cancer, qui se demande si "les lobbies alcooliers ont eu plus de poids que la santé publique".

D'autre part, le diabète touche aujourd'hui 3,5 millions de Français et l'obé­sité sévit particulièrement chez les plus défavorisés. Des mesures s'imposent. Marisol Touraine s'est déclarée favorable à un étiquetage plus précis sur la qualité nutritionnelle des aliments. Le projet de score nutritionnel à cinq couleurs a la préférence du Pr Serge Hercberg de l'Inserm et d'une trentaine de sociétés savantes et d'associations de consommateurs. Mais les industriels de l'alimentation ont déjà exprimé leur "ferme opposition" à ce dispositif.

Quelle place pour le patient dans cette future loi ? La ministre a mis l'accent sur le recours aux "actions de groupe" pour les affaires comme celle du Mediator®. Elle propose également de "mieux représenter les usagers". Le Collectif interassociatif sur la santé (Ciss) se félicite de cette mesure, mais craint que "si aucun fonds dédié ne vient appuyer ce rôle renforcé des patients, ce sera toujours une démocratie sanitaire de pacotille". Pourtant, grâce à Internet, les patients deviennent de plus en plus des experts de leur maladie, souligne Le Monde. "La question est de savoir comment rendre ces droits des patients effectifs", estime Claire Compagnon, auteure du rapport "Pour l'an II de la démocratie sani­taire", remis au début de l'année à Marisol Touraine.

 

Fin de vie : deux avis contradictoires

"Une vie suspendue entre deux décisions", titre ce matin Libération (page 10) à propos de l'avis du Conseil d'Etat jugeant "légale" la décision médicale "de mettre fin aux traitements" de Vincent Lambert, soulignant qu'elle correspondait à une volonté que ce jeune tétraplégique plongé dans le coma depuis six ans avait exprimée avant son accident. La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), pour sa part, a demandé dans un courrier au gouvernement le maintien en vie de Vincent Lambert, en faisant suspendre l'exécution de l'arrêt du Conseil d'Etat pour la durée de la procédure devant la Cour. Toutefois, cette mesure d'urgence n'augure pas de la décision qui sera prise sur le fond.

"Dans l'affaire Lambert, le sujet, ce n'est pas l'euthanasie, c'est l'acharnement thérapeutique", explique, dans Le Monde (page 10), le député Jean Leonetti, auteur de la loi encadrant la fin de vie. Ces rebondissements surviennent au moment où deux procès relancent le débat sur l'euthanasie : celui du Dr Nicolas Bonnemaison, aux assises des Pyrénées-Atlantiques (Le Parisien/Au­jourd'hui, page 16) et celui qui débute aux Assises de l'Hérault, d'une ex-professeure de français, accusée d'avoir tenté d'abréger la vie de sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer.

John Sutton

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