Les syndicats furieux après l’annonce du report partiel du compte pénibilité

A quatre jours de la 3e Conférence sociale, la décision du Premier ministre de donner satisfaction à plusieurs demandes du patronat, notamment le report partiel du compte pénibilité, a eu l'effet d'une bombe auprès des syndicats, qui ont unanimement dénoncé hier un ‘coup porté" au dialogue social.

"Ces annonces intervenant après de gros gestes en faveur des entreprises (40 milliards d'euros d'allègements du coût du travail et de la fiscalité d'ici à 2020), les syndicats ont vu rouge. Et notamment – nouveauté – la CFDT", écrit Luc Peillon, dans Libération (page 14). Le quotidien précise que la conférence so­ciale débutera réellement mardi, autour de sept tables rondes : emploi, insertion des jeunes, croissance et emploi en Europe, retour de la croissance par l'investissement, pouvoir d'achat, politique de santé, dialogue social dans le processus de réforme de l'action publique.

Dans Le Monde (page 8), le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, dé­nonce "une rupture en termes de dialogue social". Il reproche au chef du gouvernement, Manuel Valls, d'avoir "cédé à l'ultimatum du Medef, qui n'accepte pas qu'on crée des droits pour les salariés". "Qu'on ne nous parle pas de dialogue social, moi j'appelle ça du diktat social", a ironisé de son côté le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, au micro de France-Inter.

"Il suffit que le patronat éternue pour que le gouvernement lui apporte sa boîte de mouchoirs !", s'est-il moqué, rapporte Libération. Parlant d'une "provocation inacceptable", le numéro un de la CGT, Thierry Lepaon, a écrit au président de la République pour lui demander "une clarification" sur les déclarations de Manuel Valls.

"Dans les milieux syndicaux, on s'interroge sur le timing choisi par le Premier ministre pour faire ses annonces, notent Les Echos (page 4). A moins d'une se­maine de la conférence sociale, un marqueur fort de la présidence Hollande, quoi de mieux pour la torpiller ?"

Côté gouvernement, on temporise, observe Libération. "Il faut rester calme et relativiser ces réactions, explique l'entourage du ministre du Travail. Certes, les syndicats se sentent un peu violés sur la pénibilité, mais tout le monde a aussi le sens des responsabilités."

"Bref, tout le monde devrait finir par s'asseoir autour de la table, pour une conférence qui, de toute façon, ne devrait pas déboucher sur de grandes décisions. Mais au cours de laquelle l'exécutif pourrait lâcher quelques petites choses en direction des syndicats", conclut Libération.

 

Aide à domicile : "à réformer d'urgence"

L'aide à domicile auprès des publics fragiles est "un système à bout de souffle à réformer d'urgence". C'est la conclusion d'un rapport d'information de deux sénateurs qui préconisent de réformer la tarification et d'améliorer les conditions de travail pour renforcer l'attractivité du secteur. "Nous tirons aujourd'hui la sonnette d'alarme", déclare, dans La Croix (page 10), Jean-Marie Vanlerenberghe (UDI-IC Pas-de-Calais), l'un des deux rapporteurs du texte. "Ce rapport intervient avant l'examen prochain par le Parlement du projet de loi relatif à l'adaptation de la société au vieillissement", indique La Croix.

L'aide à domicile fonctionne mal, en partie parce que l'organisation du système est devenue trop complexe. "Nous avons un secteur très éclaté entre des organismes de statut différents (associatif, privé ou public) et deux modalités de création : l'autorisation délivrée aux structures d'aides à domicile pour quinze ans par le conseil général et l'agrément, délivré pour cinq ans par le ministère du Travail", explique le sénateur, dans La Croix.

Le second volet du rapport concerne la rétribution des prestations. "La situation des salariés est elle aussi préoccupante", soulignent les sénateurs, dénonçant les temps partiels (70%), l'absence de qualification, l'absence de reconnaissance sociale, la dégradation des conditions de travail… Pour remédier à cette situation, le rapport préconise la mise en place d'un tarif national de référence de l'allocation personnalisée d'autonomie (Apa), dont le seuil serait fixé à 19,40 euros de l'heure. Le surcoût qui en résulterait pour les départements serait compensé par l'Etat.

John Sutton

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