Les médecins généralistes en colère

Claude Leicher, président du syndicat de médecins généralistes MG France, vient d'être rappelé à l'ordre par l'assurance maladie pour avoir porté le tarif de sa consultation de 23 à 25 euros. Dans La Croix (page 5), Claude Leicher assure que de nombreux patients comprennent ce mouvement et "l'urgence" d'augmenter le tarif de la consultation. "Cela reviendrait à mettre un terme à l'inégalité de traitement qui existe aujourd'hui entre les généralistes et les autres spécialistes", explique-t-il.

Comme le rappelle le président de MG France, les spécialistes en secteur 1 ont la possibilité depuis 2007 de majorer de 2 euros le tarif de leur consultation. "Cette possibilité s'applique à 45 spécialités. La seule qui en soit privée, c'est la 46e, la médecine générale, qui se trouve aujourd'hui dans une situation catastrophique", estime-t-il. La semaine dernière, un autre syndicat, l'Unof-CSMF, a également appelé les généralistes à pratiquer des dépassements d'honoraires en fonction de la complexité des consultations.

"Ces dernières années, la durée de nos consultations n'a cessé d'augmenter, explique Luc Duquesne, président de l'Unof-CSMF. D'abord parce que nous prenons en charge de plus en plus de patients âgés avec de multiples pathologies. (…) Les patients viennent pour une angine, mais ils veulent aussi qu'on parle de leur maladie chronique, puis qu'on fasse un certificat pour le sport ou qu'on discute du dépistage du cancer colorectal… » "Désormais, quand un patient évoquera un deuxième motif lors d'une consultation, on lui demandera de prendre un autre rendez-vous, prévient, dans La Croix, le Dr Duquesne. Et s'il fait le choix d'avoir une consultation longue, alors on appliquera un dépassement pour exi­gence particulière du patient (DE). Si cela dure deux fois plus longtemps qu'une consultation normale, on pourra très bien réclamer 46 euros… »

La grogne des médecins s'exprime sous d'autres formes. Ainsi, à Roanne (Loire), une centaine de généralistes ont décidé de fermer leur cabinet à partir d'aujourd'hui et jusqu'à mercredi inclus, rapporte Le Figaro-économie (page 24). "Malgré de nombreuses mises en garde, l'ensemble des médecins du bassin roannais est révolté de voir l'indifférence et l'immobilisme du monde politique, tous partis confondus, responsables ou non de la santé", écrivent-ils dans une lettre adressée à leurs patients.

"Tant que la démographie médicale n'évoluera pas favorablement, les médecins de Roanne et de sa région ne seront plus en mesure d'accepter de nouveaux patients", poursuivent les généralistes en grève, qui menacent de recourir à des "actions plus dures". Selon les syndicats de médecins, la colère pourrait s'étendre à d'autres régions comme l'Auvergne, la Bourgogne et la Bretagne.

Ces augmentations unilatérales du tarif de la consultation sont loin d'être généralisées, selon l'assurance maladie. "Ce phénomène concerne moins de 0,4% des feuilles de soins des généralistes", estimait récemment dans Le Quotidien du médecin, son directeur général, Nicolas Revel. "S'il reste limité, il n'en est pas moins inacceptable, car son seul effet est de pénaliser les assurés, qui ne seront évidemment pas remboursés sur la base de 25 euros", poursuit-il.

"Si le tarif de la consultation est de 23 euros depuis 2011, les généralistes ont bénéficié d'une revalorisation de leur rémunération globale de 9% depuis cette date", indique Nicolas Revel.

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Alors que 72% des patients estiment que le parcours de soins (entre médecins généralistes, spécialistes et hôpitaux) se déroule de façon satisfaisante, la proportion tombe à 49% chez les médecins de ville ou hospitaliers, selon le baromètre Odoxa, réalisé pour la MNH et la division santé Orange, en partenariat avec Le Figaro (page 9) et France Inter. Pour le Dr Jean-François Thébaut, cardiologue et membre du collège de la Haute Autorité de santé, ce dernier résultat est l'expression d'un malaise, consécutif à une répartition des rôles trop confuse à leurs yeux.

Ce sondage montre ainsi que trois-quarts des patients prennent aujourd'hui contact avec l'hôpital, par téléphone (49%) ou en se rendant directement sur place (26%). Seuls 5% prennent rendez-vous par mail et 4% complètent leur dossier en ligne. Dans 21% des cas, c'est le médecin traitant qui a organisé l'hospitalisation ou la consultation, note Le Figaro. Malgré la faible utilisation des nouvelles technologies, ils sont cependant 41% à souhaiter être informés par courrier électronique pendant leur hospitalisation.

La communication du compte rendu d'hospitalisation et des résultats d'examens, le rappel des rendez-vous et leur préparation se prêtent, aux yeux des patients, à un usage accru d'Internet et du téléphone portable, souligne Le Figaro. Enfin, les Français accepteraient que leur médecin partage leurs informations médicales, entre médecins (87%), avec d'autres professionnels de santé (79%) ou une personne de confiance (74%), mais beaucoup moins avec un laboratoire pharmaceutique (32%) ou leur assureur (11%).

John Sutton

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