Les inégalités d’accès aux soins perdurent malgré la CMU

La couverture maladie universelle (CMU) ne suffit pas à garantir l’accès aux soins pour tous. Le dernier rapport de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale montre que 15% des bénéficiaires de la CMU se sont déjà heurtés à des refus de soins. Les ménages modestes sont particulièrement touchés.

En santé, les inégalités ont la peau dure ! Malgré les "effets significatifs" de la couverture maladie universelle (CMU), les ménages pauvres connaissent toujours des "difficultés persistantes" d’accès aux soins. Ce constat est issu du rapport de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale 2005-2006. Ce document montre qu’au cours des dernières décennies, les inégalités ne se sont pas réduites.

L’amélioration liée à la CMU reste insuffisante

La couverture maladie des plus démunis est loin d’être systématique, comme le montrent les statistiques de l’association Médecins du monde : 81 % des patients accueillis dans les centres de l’association humanitaire peuvent bénéficier, en théorie, de l’assurance maladie mais ce droit n’est effectif que dans un cas sur cinq ! Une autre difficulté résulte des praticiens eux-mêmes. Ainsi, 15% des bénéficiaires de la CMU déclarent "qu’il leur est arrivé qu’un médecin ou un autre professionnel de santé refuse de les revoir ou de les recevoir."

5,5 millions de personnes dépourvues de complémentaire santé

Selon l’Observatoire de la pauvreté, la création de la CMU complémentaire, qui permet à 4,7 millions de personnes de bénéficier gratuitement d’une complémentaire santé, n’a pas permis de "contrebalancer les conséquences sanitaires de la pauvreté." En 2003, on comptait encore 5,5 millions de personnes sans couverture complémentaire, "dans un cas sur deux, pour des raisons financières".

Ce phénomène s’explique notamment par le fait que la CMU reste "marquée par un très fort effet de seuil" au-delà duquel sont exclues "de nombreuses personnes en situation de pauvreté." Le seuil d’accès, rigide, est en effet fixé à 587,16 euros de revenus mensuels pour une personne seule. De même, l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé, instaurée par réforme de l’assurance maladie, ne concernait que 470 000 assurés en février 2006, contre 2 millions de bénéficiaires potentiels. Les démarches restent en effet trop complexes pour les usagers et requièrent bien souvent l’aide d’une assistance sociale.

Les femmes et les jeunes sont les plus touchés

"La situation est défavorable aux personnes seules et aux familles monoparentales, parmi lesquelles les femmes chefs de famille sont majoritaires", poursuit le rapport. Les moins de 25 ans sont également "surreprésentés". Autre tendance inquiétante : la pauvreté touche à présent les personnes actives, en raison du "caractère précaire d’un nombre croissant d’emplois et la faiblesse de certaines rémunérations".