Les Français plébiscitent le tiers payant

Près des deux-tiers des Français souhaiteraient bénéficier d'une dis­pense d'avance de frais lors d'une consultation chez le généraliste. C'est le principal enseignement d'un sondage réalisé par Opinionway pour le syndicat de médecin généraliste MG-France, rapporte Le Monde (page 9). Ce dispositif est prévu dans le projet de loi de santé, qui propose la généralisation du tiers payant d'ici à 2017. Sans surprise, la part des personnes favorables à la dispense d'avance de frais est plus importante chez celles disposant de faibles revenus, les employés et les ouvriers. Ainsi, elle atteint 71% chez les personnes dont le revenu est inférieur à 2.000 euros par mois, contre 44% chez celles gagnant 3.500 euros et plus.

"La généralisation du tiers payant, c'est seulement la simplification du circuit de paiement", a rappelé Etienne Caniard, invité hier de l'émission "C à dire ?" sur France 5. "Le gouvernement pourrait reculer sur la généralisation du tiers payant car les médecins sont opposés à ce dispositif compliqué ?", l'interroge le journaliste Axel de Tarlé. "Le système que l'on propose aux médecins est extrêmement simple, explique le président de la Mutualité Française. Il suffit d'introduire la carte Vitale dans le lecteur pour vérifier les droits de l'assuré vis-à-vis de la Sécurité sociale et de sa complémentaire santé. De plus, le médecin bénéficiera d'une garantie de paiement de la part des deux régimes, l'obligatoire et le complémentaire. Je n'ai pas d'inquiétude sur le développement du tiers payant. »

Dans Le Quotidien du médecin (page 3), Etienne Caniard indique que le dispositif élaboré par les trois familles de complémentaires "sera testé avec les professionnels et nous serons en mesure de déployer un système performant et opérationnel au 1er janvier 2017".

Alors que le tiers payant suscite des réactions hostiles de la part de professionnels de santé, Etienne Caniard considère que cette polémique est surtout "symptomatique des difficultés d'organisation de notre système de santé". Le tiers payant équivaut-il à la gratuité des soins ? "Gratuitement est un terme que je récuse. Ce n'est pas parce qu'on applique le tiers payant que les soins deviennent gratuits. C'est tout simplement un moyen simple de paiement, un circuit court entre la caisse d'assurance maladie, la mutuelle et le médecin. Ne confondons pas les questions d'organisation du système de santé et le prétexte du tiers payant pour refuser toute évolution», rétorque le président de la Mutualité Française.

"Le 15 mars, les médecins manifesteront pour tenter de faire plier le gouvernement sur la généralisation du tiers payant", poursuit Axel de Tarlé. "Si les médecins sont dans une situation de malaise, c'est parce qu'ils n'ont pas une vision globale du système, qu'ils ont besoin d'une revalorisation de leur métier et d'une meilleure rémunération des actes cliniques », analyse Etienne Caniard.

"La généralisation du tiers payant ne risque-t-elle pas d'entraîner des dépenses supplémentaires pour la Sécu ?", de­mande Axel de Tarlé. "L'expérience de tous les pays qui l'appliquent montre qu'elle n'entraîne pas de surconsommation médicale, assure Etienne Caniard. On ne va pas chez le médecin par plaisir. La généralisation du tiers payant doit surtout permettre de faciliter l'accès aux soins, à l'heure où 20% des Français renoncent ou diffèrent des soins et que l'avance des frais constitue le troisième facteur de renoncement."

John Sutton

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