Les enjeux éthiques de la médecine prédictive

La MGEN organise aujourd'hui, à Paris, une journée de débats sur "les enjeux éthiques et les bouleversements sociétaux" de la médecine prédictive, en présence du président du Comité consultatif national d'éthique, le Pr Jean-Claude Ameisen, et de nombreux médecins, généticiens et sociologues. Une boîte de Pandore, dont l'ouverture n'a rien de futuriste. "On y est déjà !" ob­serve, dans Le Parisien/Aujourd'hui (page 14), Eric Chenut, vice-président de la MGEN, délégué aux questions sanitaires et sociales.

"La santé est la deuxième préoccupation des Français après le chômage. C'est maintenant et très vite qu'il faut réfléchir collectivement à nos choix de société et les encadrer", estime Eric Chenut. Il est vrai, note le quotidien, que "les progrès faramineux réalisés dans le séquençage du génome" permettent aujourd'hui d'élaborer des médicaments de plus en plus ciblés, et que de plus en plus de start-up "multiplient les propositions d'autotests de santé – plus ou moins fiables – sous couvert de prévention". Derrière la médecine prédictive se profile la question de l'utilisation de tous ces tests de dépistage par des assureurs qui pourraient proposer demain, "sur le principe du bonus-malus automobile, des tarifs modulés en fonction de votre carte de risques génétiques", souligne Eric Chenut.

"Il n'y a plus de frontières entre diagnostic, dépistage et médecine dite prédictive. Il est trop tard et vain d'inter­­dire", juge, dans Le Parisien, le gynécologue Israël Nissand qui présidait récemment le 5e Forum européen bioéthique, à Strasbourg. "La médecine prédictive n'est guidée que par le marché, dénonce-t-il. L'éthique est absente du développement tous azimuts de tous ces tests, simples auto-dépistages ou décodages parés de l'impressionnant label “génétique”."

Les Français sont-ils prêts pour la médecine prédictive ? Quelque 74% des personnes interrogées se déclarent prêtes à subir des tests génétiques, indique un sondage Opinion Way, réalisé pour la MGEN (Le Parisien/Aujourd'hui, page 15). Avec toutefois de sérieuses réserves. Les deux tiers des Français mesurent en effet les risques d'avoir à vivre avec la perspective d'une grave maladie. Si le test risque de leur annoncer un mal incurable, ils sont tout de même 62% à se déclarer prêts à s'y soumettre. La moitié des Français souhaite bénéficier d'un avis médical, de préférence celui de leur médecin de famille, pour interpréter les résultats d'un test.

A lire aussi – Une avancée pour les anciens malades du cancer

"Ce mardi au siège national de la Ligue nationale contre le cancer, François Hollande a réuni assureurs, banquiers, associations et responsables politiques pour saluer une avancée “historique” pour les personnes ayant été atteintes d'un cancer" : un protocole d'accord a en effet été signé "pour encadrer un droit à l'oubli permettant aux anciens malades du cancer de de plus être pénalisés au moment de contracter un emprunt", rapportent Les Echos (page 24).

"Le droit à l'oubli se trouve enfin traduit dans la réalité", s'est félicité François Hollande, rappelant qu'il s'agissait de l'une des mesures phare du 3e Plan cancer, lancé en 2 014. "Une fois la maladie vaincue, elle ne viendra plus hanter" les anciens malades, a-t-il souligné, saluant "un dispositif unique au niveau international", relate La Croix (page 6).

Dans un communiqué commun, l'Association française de l'assurance (Afa), qui regroupe les sociétés membres de la Fédération française des assurances (FFSA) et du Groupement des entreprises mutuelles d'assurance (Gema), et la Mutualité Française se félicitent de cette "victoire […] acquise grâce à la volonté de toutes les familles de l'assurance et de la mutualité, des associations de malades et de l'Etat", qui ont oeuvré au sein d'un groupe de travail dédié (cliquer ici pour lire le communiqué de presse).

Désormais, certains cas de cancers n'auront plus à être déclarés aux compagnies d'assurance ou aux banques en vue de l'obtention d'un prêt, explique Libération (page 16). Le dispositif s'appliquera d'abord aux personnes ayant eu un cancer dans leur enfance avant l'âge de quinze ans, "dès lors que la demande d'assurance du prêt intervient au moins cinq ans après la date de la fin des traitements". D'une manière générale, tous les anciens malades du cancer, n'auront pas à le déclarer "dès lors que la demande intervient au moins quinze ans après la date de fin du protocole thérapeutique".

Tout en saluant cette avancée, la présidente de la Ligue nationale contre le cancer, Jacqueline Godet, indique, dans Les Echos qu'elle reste "vigilante" sur plusieurs points : l'information du public par les banques et les assureurs, les typologies de cancer concernées et le caractère rétroactif de la mesure.

John Sutton

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