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L’Ehpad à domicile : rester chez soi plus longtemps

Les bénéficiaires de l'Ehpad à domicile sont équipés d'un bracelet électronique qu'ils portent au poignet : ici, Djamila Adjir, aide médico-psychologique, attache le bracelet au poignet d'Irène Monteiro, bénéficiaire de ce dispositif.

La Mutualité Française organise le 9 novembre 2018 une journée intitulée "Personnes âgées : quelles solutions à hauteur des enjeux de l'accompagnement à domicile ?". Reportage à Sartrouville (Yvelines) où la Croix-Rouge française expérimente un service innovant afin d'aider les personnes âgées en perte d'autonomie à rester chez elles. Ce reportage est paru dans la dernière livraison de Mutations, le magazine de débat de la Mutualité Française.

Irène Monteiro est fière de nous accueillir chez elle. Cette ancienne assistante maternelle de 84 ans est la toute première à bénéficier de l'expérimentation menée par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de la Croix-Rouge dénommé "Stéphanie", situé à Sartrouville (Yvelines). Depuis l'automne 2017, une quinzaine de personnes âgées dépendantes ont la possibilité de rester à leur domicile grâce à un accompagnement quotidien et adapté à chacune d'entre elles. Cette expérimentation, baptisée "Ehpad@dom", fera l'objet d'une évaluation d'ici à la fin de l'année 2019. "Même si ma fille est très présente, c'est rassurant d'avoir cet accompagnement de tous les jours, témoigne Irène Monteiro. Je ne me sens pas seule."

Son regard souriant se porte sur Djamila Adjir, qui est venue l'assister à son réveil. "Je l'aide à s'habiller, puis on discute en préparant le petit déjeuner, explique l'aide médico-psychologique. Nous avons beaucoup de choses à nous raconter puisque je reviens tout juste de vacances !" Au moment où elle s'apprête à partir, une aide à domicile arrive pour refaire le lit et un peu de ménage.

Un accompagnement personnalisé

En fin de matinée, c'est au tour de la psychomotricienne, Nathalie de Chaisemartin, de se présenter chez Irène Monteiro. Au programme de cette séance figurent des exercices de motricité fine, de redressement de l'axe corporel et d'équilibre pour améliorer la qualité dela marche. "Madame Monteiro est devenue dépendante pour les actes de la vie quotidienne à la suite d'une chute, nous apprend-elle. Sans ce service, le maintien à domicile serait devenu trop compliqué et l'institutionnalisation aurait été indispensable, contre le souhait de Madame Monteiro."

Le premier exercice, ludique, repose sur un jeu de cartes adapté du célèbre Uno®. Objectif : être le premier à se débarrasser de toutes ses cartes. Il permet de travailler la motricité fine, mais également la cognition. "Il y a plusieurs mois, il aurait été impossible pour Madame Monteiro de tenir son jeu de cartes, se souvient la psychomotricienne. Ses progrès ont été énormes."

Une précision qui fait sourire l'intéressée, tandis qu'elle abat sa dernière carte et remporte la partie. "Le fait de se rendre au domicile des bénéficiaires, dans leur environnement personnel, entraîne un rapport différent avec les intervenants que celui habituellement connu en Ehpad, poursuit Nathalie de Chaisemartin. Elles nous accueillent vraiment chez elles ! Ces personnes ont souvent à cœur de nous montrer qu'elles ont encore des ressources et savent conserver un lien social en nous recevant chaleureusement. Elles marquent ainsi leur volonté d'être en relation de proximité, de confiance avec les professionnels." Après la séance de psychomotricité, une autre aide médico-psychologique viendra accompagner Irène Monteiro pour le déjeuner. "Comme vous le voyez, je suis bien entourée !", s'amuse-t-elle.

Un bracelet connecté pour plus de sécurité

Outre l'accompagnement quotidien par des professionnels, les bénéficiaires de l'Ehpad à domicile sont équipés d'un bracelet électronique qu'ils portent au poignet, notamment dans les moments où ils se retrouvent seuls. Cet équipement repose sur le service développé par la société Bluelinea, qui est le partenaire unique d'Ehpad@dom à Sartrouville.
Il détecte automatiquement les chutes et, le cas échéant, établit une communication avec un opérateur spécialisé. Un service disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

En cas de souci, l'opérateur contacte directement la famille, le personnel d'Ehpad@dom, voire les urgences, si nécessaire. "Il m'arrive aussi de les appeler quand je n'ai pas trop le moral", nous confie à demi-mot Irène Monteiro. Ce dispositif donne en effet accès à une cellule d'écoute. Des moments d'échanges précieux pour cette dame, qui nous fait part de son enthousiasme à l'idée de pouvoir bientôt assister aux activités organisées par l'Ehpad : cinéma, déjeuner, atelier de gymnastique douce, chant, moments festifs, etc.

La livraison d'un véhicule permettant le transport de personnes à mobilité réduite est prévue pour la fin de l'année. "Grâce à l'achat de ce véhicule, nous allons pouvoir faire bénéficier ces personnes des nombreuses activités de vie sociale que nous menons au sein de l'Ehpad Stéphanie", commente la directrice du pôle gérontologique de la Croix-Rouge des Yvelines, Hélène Meilhac-Flattet. Ehpad@dom s'appuie sur les compétences d'une cadre de santé, chargée de la coordination de cette expérimentation. "C'est un rôle capital pour orchestrer ce type de service et il est essentiel que ce rôle soit tenu par un soignant spécialisé", souligne la directrice. Au-delà de l'organisation des visites au domicile et des activités, l'infirmière coordinatrice prévoit également les rendez-vous auprès des médecins, les séances de kinésithérapie, etc. Pour autant, l'Ehpad à domicile convient-il à toutes les personnes en perte d'autonomie ? "Ce modèle de prise en charge est adapté à toutes les formes de dépendance physique, affirme Hélène Meilhac-Flattet. L'Ehpad@dom permet aussi aux couples de continuer à vivre ensemble, dans leur maison familiale. En revanche,il trouve ses limites vis-à-vis des personnes atteintes de maladies neurodégénératives à un stade avancé, avec des troubles du comportement trop importants."

Susciter des vocations auprès des jeunes

Quant au coût, l'Ehpad@dom présente l'avantage de ne pas nécessiter de frais d'hébergement ni de dépenses liées aux charges de fonctionnement d'une structure. Malgré cela, il est encore trop tôt pour répondre à la question financière : "Notre expérimentation repose sur nos fonds propres et le mécénat, précise la directrice. L'Ehpad@dom fait l'objet d'une étude socio-économique, tant qualitative que quantitative, menée en partenariat avec des chercheurs de l'université Paris-Dauphine, ainsi qu'une recherche médicale réalisée par le CHU de Reims. Les résultats de ces études seront communiqués à l'issue de cette expérience, en 2020."

Mais au-delà du coût et de la question du transport qui va être résolue prochainement, le principal obstacle se situe ailleurs selon Hélène Meilhac-Flattet : "Il faut susciter des vocations ! Nous avons aujourd'hui beaucoup de mal à recruter des aides-soignants ou des auxiliaires de vie sociale. Il faut passer davantage de temps auprès des jeunes pour leur présenter les métiers." L'Ehpad à domicile est-il un modèle à développer et à privilégier dans les années à venir ? "Je répondrai à cette question par une autre question : que préféreriez-vous pour vos proches ou vous-même ? Rester chez vous ou intégrer une structure de vie collective ? La plupart des personnes souhaitent rester chez elles. C'est pour moi un modèle d'avenir, j'en suis convaincue", conclut-elle.

Philippe Rémond

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)