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« L’égalité impossible ? » : un manifeste pour une solidarité active

Stéphane Junique, président d'Harmonie Mutuelle, et Thimothée Duverger, maître de conférences associé à Sciences Po-Bordeaux (à gauche sur la photo) lors de la conférence débat organisée le 23 mai 2018, dans les locaux de la MGEN.

Le manifeste "L'égalité impossible ?" sort ce 31 mai 2018 en librairie. Stéphane Junique, président d'Harmonie Mutuelle, et Thimothée Duverger, maître de conférences associé à Sciences Po-Bordeaux, proposent de créer un pôle des solidarités actives pour faire face aux évolutions sociétales en matière de santé et de protection sociale.

Comment faire face aux transformations de la société ? Pour accompagner son adaptation au vieillissement de la population, lutter contre les inégalités sociales ou limiter le réchauffement climatique, il faudrait créer un pôle des solidarités actives avec l'ensemble des acteurs de l'économie sociale et solidaire et les entités qui agissent pour l'intérêt général.

C'est ce que proposent conjointement Stéphane Junique, président d'Harmonie Mutuelle, et Thimothée Duverger, maître de conférences associé à Sciences Po-Bordeaux, dans un ouvrage intitulé "L'égalité impossible ?". Dans ce manifeste pour une solidarité active, sorti ce 31 mai 2018 en librairie, tous deux s'expriment dans des entretiens réalisés par Jean Chezaubernard, rédacteur en chef d'Essentiel Santé Magazine.

"Le social est un investissement !"

"Ce manifeste véhicule un discours optimiste et volontariste sur la notion d'égalité. Il ambitionne de cumuler les talents et les dynamiques pouvant être menées par les acteurs du non-lucratif, qui sont justement les acteurs des solidarités actives", a expliqué Stéphane Junique lors d'une conférence débat organisée le 23 mai 2018, dans les locaux de la MGEN, pour présenter ce livre. La couverture-même de l'ouvrage témoigne de cet optimisme puisque les deux premières lettres du mot "impossible" sont volontairement raturées.

"Le pari de notre ouvrage est de remettre au centre du débat la question sociale, aujourd'hui abandonnée ou dévoyée au prétexte que le social coûte cher. Nous faisons le pari de l'humain : le social ne coûte pas cher, le social est un investissement !", a lancé Thimothée Duverger à cette occasion.

Pour les auteurs, de nos jours, l'Etat ne peut plus régler tous les problèmes. "Puisque la puissance publique a perdu le monopole de l'intérêt général", le pôle des solidarités "doit assumer le fait qu'il est lui-même producteur d'intérêt général", indique Stéphane Junique dans ce manifeste. L'enjeu est d'engager "une alliance pour et par l'action", à travers des projets d'investissements et de services visant à accompagner les évolutions sociétales sur le long terme.

Fédérer les acteurs

"La notion de pôle porte en elle une idée de réseau et de projet commun. Elle permet de fédérer un certain nombre d'acteurs qui sont divers mais susceptibles d'avoir des valeurs et des intérêts convergents", renchérit Thimothée Duverger. Dans ce but, le pôle doit s'appuyer sur "une vraie culture de l'engagement et de la citoyenneté active" avec ses adhérents, ses sociétaires et les citoyens, ajoute Stéphane Junique.

Plusieurs leviers d'actions existent pour traduire en actes l'égalité des possibles, autrement dit une société plus juste. "L'un des leviers prioritaires, selon moi, est d'investir dans la petite enfance", estime Stéphane Junique. "Un mineur sur cinq vit aujourd'hui sous le seuil de pauvreté. Et cette pauvreté se transmet en héritage, par le biais de l'échec scolaire puis du marché du travail", poursuit-il.

L'objectif est de donner aux gens les outils de leur autonomie. "C'est une conception positive de la liberté, qui vise à équiper les individus de capacités dans les domaines de l'éducation, de la santé", détaille Thimothée Duverger.

 

Refonder le contrat social

L'action du pôle de solidarités actives pourrait tourner autour de cinq propositions phares. Il s'agit de "faire face au risque de marchandisation de la santé et de financiarisation de la protection sociale", et de refonder le contrat social. Le manifeste préconise ainsi de "réorienter la politique de santé vers le temps long de la prévention", de façon à freiner le développement des maladies chroniques. Cette prévention doit concerner tous les déterminants de santé, tels que l'alimentation, le logement ou encore l'environnement.

Une autre proposition consiste à "agir pour un socle de droits universels garanti pour chaque citoyen", afin de répondre aux nouvelles trajectoires de vie. Le manifeste recommande également de créer un chèque "engagement citoyen". Avec cet outil, les bénévoles bénéficieraient, par exemple, de crédits d'heures pour les actifs, d'heures de gardes d'enfant, d'un crédit d'impôt ou d'une reconnaissance de leurs compétences dans le cadre de la valorisation des acquis de l'expérience (VAE).

Enfin, les auteurs entendent "promouvoir un label pour les produits et services du pôle des solidarités actives". Celui-ci facilitera l'identification des acteurs qui "réinvestissent leurs bénéfices au service de l'intérêt général et de l'utilité sociale". Par ailleurs, ils souhaitent œuvrer pour la reconnaissance des modèles alternatifs non-lucratifs en Europe.

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)