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L’économie collaborative décryptée par le magazine Mutations

Le numéro de juillet 2016 du trimestriel Mutations met en lumière les questions qui accompagnent le développement de l'économie collaborative. Quel lien peut-on faire avec les entreprises de l'économie sociale et solidaire ? Face à la déferlante des plateformes de services, faut-il rester à quai ou prendre le train en marche ? Et, dans ce cas, quid de l'emploi, de la protection du consommateur, des modèles sociaux ?

Un changement de paradigme. Une rupture majeure dans le fonctionnement de l'économie. En moins d'une décennie, les plateformes collaboratives ont connu un développement exponentiel.

Menace pour l'emploi et la protection sociale pour les uns, solide alternative au modèle consumériste pour les autres : dans son numéro de juillet 2016, le magazine Mutations explore la réalité de ces nouvelles pratiques, qui, au tournant de leur jeune existence, doivent aujourd'hui choisir entre course effrénée au profit et valeurs plus sociales et plus durables.

Investir l'économie collaborative ? Pour cette édition, le magazine de débat et de décryptage de la Mutualité Française a travaillé en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès.

Percevoir la dynamique

"La crise de confiance vis-à-vis des organisations et institutions est désormais un fait acquis. Elle s'est muée en défiance durable des modèles traditionnels", écrit Robert Zarader, dans une tribune. Pour l'animateur du groupe de travail sur l’économie collaborative de la Fondation Jean-Jaurès, plus que le collaboratif, le vrai modèle émergent, c'est l'économie du partage, celle qui "permet de s'organiser en communautés, où de pair à pair, les individus produisent du bien commun"

Alors que s'installent de nouvelles formes d'entreprendre et de consommer, les frontières restent toutefois à déterminer. En particulier, poursuit-il, "le caractère social ou solidaire donné à tort à des startups dont le principal objectif reste le profit, complique la perception de ces dynamiques".

L'économie collaborative peut-elle œuvrer pour le bien commun ?, interroge le dossier central de Mutations. "Les pionniers du collaboratif et du coopératif, qui partagent des racines communes et la conviction que l'humain doit primer sur l'économie, doivent développer des alliances", estime Hugues Sibille, le président du Labo de l'Economie sociale et solidaire (ESS). Même conviction chez le fondateur du collectif Ouishare : dans un entretien, Arthur de Grave souligne que des connexions sont possibles entre mutualisme et collaboratif. "Il faut que ces deux familles se regardent et se parlent pour construire" a posteriori des passerelles que n'avaient pas permis de jeter leurs origines bien distinctes.

"Organiser, réglementer"

"Nous sommes dans un changement de structure profond de la société capitaliste, avec une remise en cause de tous les acquis sociaux qu'on a pu obtenir avec le salariat" (…). Avec l'économie collaborative, on acquiert une liberté et une autonomie qu'on n'avait pas auparavant, mais le prix à payer, c'est une forme d'insécurité et de précarité, à la fois pour le travailleur et pour l'utilisateur", prévient pour sa part Michel Bauwens.

Pour le fondateur de P2P Foundation, l'émergence d'une véritable alternative au capitalisme ne pourra se faire sans l'adoption de nouveaux modes de gouvernance. " Il faut que ceux qui créent de la valeur soient eux-mêmes dans la gouvernance et la propriété de la plateforme."

Autre prérequis pour s'engager dans cette nouvelle économie : la nécessité de la réglementer et de l'organiser, fait valoir le député Pascal Terrasse (PS, Ardèche), auteur d'un rapport sur le sujet. "L'économie collaborative n'est pas une économie hors sol. Elle ne doit pas pratiquer une concurrence déloyale à l'égard de ceux qui contribuent à la puissance publique (…). Nous devons également organiser les modes de solidarité et de protection sociale des indépendants."

Recherche d'effets utiles

Difficile, dans tous les cas, d'ignorer le mouvement de fond qui bouscule les modèles traditionnels. C'est l'analyse de la Maif, qui a fait du rapprochement avec le secteur collaboratif une priorité stratégique, comme l'explique son président, dans un grand entretien.

Interrogé sur le danger que ce dernier pourrait constituer pour des organisations plus classiques, Dominique Mahé se dit convaincu qu'"il faut transformer cette menace en volonté et en opportunités, et prendre sans tarder ce train, ou plutôt ce TGV en marche".

D'autant que cette économie de pair à pair infiltre l'ensemble des secteurs d'activité : logement, transports, services d'aides entre particuliers, et même l'alimentation, comme l'illustre notre reportage à Toulouse, chez Mamie Régale. Cette jeune startup propose aux salariés des menus mijotés par des retraité(e)s et livrés sur leur lieu de travail. Finie la malbouffe au travail, grâce à cette plateforme qui met en relation des retraités qui souhaitent compléter leurs revenus, des salariés gourmands et des autoentrepreneurs chargés de la logistique du service.

"Ce qui est important pour les consommateurs, c'est de bénéficier d'effets utiles de toutes sortes, individuels, collectifs ou sociétaux, résume l'économiste Philippe Moati, coprésident de l'Observatoire Société et consommation (Obsoco). En prenant un autre chemin, on peut trouver des manières de satisfaire ses besoins moins coûteuses, voire plus efficaces, et qui répondent davantage aux aspirations du moment."

Chacun pourra, à la lecture de ce numéro, se demander s'il est tenté par cet autre chemin…

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Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)