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Le régime étudiant de Sécurité sociale en question

"Faut-il supprimer les mutuelles étudiantes?" C’est la question provocatrice posée en "une" par Le Monde dans son édition datée du 28 décembre (pages 1 et 8). A la faveur de la trêve des confiseurs, le quotidien revient longuement sur le rapport d’information de la commission des Affaires sociales du Sénat, rendu public il y a déjà une dizaine de jours (lire notre revue de presse du 21 décembre 2012).

Le Monde s’autorise au passage quelques amalgames, confondant la délégation de gestion du régime obligatoire des étudiants et les mutuelles étudiantes proprement dites. Le quotidien se plaît également à faire allusion à l’affaire de la Mnef, alors que le rapport d’information du Sénat ne dresse aucun parallèle entre les dérives de gestion des années 1990 de l’ancienne mutuelle et la situation actuelle du régime étudiant.

Les travaux dirigés par Catherine Procaccia (UMP) et Ronan Kerdraon (Parti socialiste) ont, rappelle-t-on, pointé une complexité jugée "abracadabrante" du régime étudiant de Sécurité sociale : "Grande hétérogénéité de la gestion du processus d’affiliation au régime par les établissements d’enseignement supérieur, calendrier d’inscription trop rigide ne débutant qu’en octobre et ne correspondant plus à la rentrée universitaire", etc.

Conséquences pour les étudiants, que ne nient pas les mutuelles concernées : une qualité de service "qui laisse à désirer" et un "système illisible". Pour les deux rapporteurs du Sénat, note Le Monde, "la création d’un régime dédié était censée rendre l’étudiant autonome". Or, "son incroyable complexité rend, en réalité, impossible l’apprentissage espéré du système de Sécurité sociale", d’autant "qu’une fois entré dans la vie professionnelle, c’est un autre système que le jeune devra appréhender".

Le quotidien ouvre ses colonnes aux différents représentants des mutuelles et syndicats d’étudiants, chacun défendant son bilan et son point de vue. "Il faut maintenir un régime : les étudiants ont des besoins de santé spécifiques qui doivent être gérés par les étudiants", explique ainsi l’administrateur de La Mutuelle des étudiants (LMDE) chargé de la presse, Julien Ballaire.

Et maintenant ? Le rapport du Sénat a avancé deux pistes possibles : soit conserver un régime spécifique de Sécurité sociale pour les étudiants, mais ne le déléguer qu’à une seule mutuelle, soit rattacher purement et simplement les étudiants au régime général. La balle est désormais dans le camp du ministère des Affaires sociales et de la Santé, qui pourrait prendre position sur ce dossier au premier trimestre 2013, indique Le Monde.

A lire aussi dans la presse - Les inégalités sociales de santé résistent

"Quel que soit l’indicateur retenu, le lien entre les inégalités socio-économiques et les inégalités d’état de santé est indiscutable": le phénomène n’est pas nouveau, mais c’est l’un des bilans que tire le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (Hcaam) dans un rapport publié il y a quelques jours.

A l’appui de récentes statistiques, cette instance confirme en effet qu’en comparaison d’un cadre de 35 ans qui peut vivre jusqu’à 82 ans, un employé vivra cinq ans de moins et un ouvrier six ans et quatre mois de moins. "Pour les femmes, les inégalités sociales sont toutefois moins criantes", rapportent Les Echos (page 3): l’espérance de vie d’une cadre de 35 ans avoisine les 87 ans, soit trois ans de plus qu’une ouvrière.

Au cours des vingt-cinq dernières années, quelle que soit la catégorie socio-professionnelle, l’espérance de vie a augmenté en même temps que s’est creusé l’écart entre les cadres et les ouvriers. Déjà victimes d’inégalités face à la mort, les ouvriers le sont aussi dans la vie, notamment pour ce qui concerne leur santé.

En effet, d’après le rapport du Haut Conseil, "les ouvriers ont une espérance de vie sans incapacité physique inférieure de huit ans à celle des cadres pour les hommes, et de cinq ans pour les femmes". Autre illustration: pour un million d’heures salariées, les ouvriers comptent en moyenne 47,5 arrêts maladie, alors que les cadres et chefs d’entreprises n’en totalisent que 3,6.

Enfin, pour ce qui est de la nature des maladies, la sélection sociale est évidente. Selon le rapport, "le risque de décéder par cancer est 1,9 fois plus élevé chez les hommes les moins diplômés comparés aux hommes les plus diplômés". Les poumons, l’œsophage, le larynx ou le pharynx sont les parties du corps les plus atteintes, d’autant que la consommation d’alcool et de tabac est plus fréquente chez les personnes moins diplômées.

Frédéric Lavignette et Pascal Lelièvre

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)