Le dossier médical partagé va-t-il bouleverser la relation patient-médecin ?

L'arrivée du dossier médical partagé (DMP), annoncée pour 2016 après moult reports, devrait accélérer cette mutation, alors que l'accès aux données médicales entre tout juste dans les mœurs, souligne Le Figaro-santé (page 11). Avec cet outil, les patients auront ainsi accès en un clic aux comptes rendus des spécialistes consultés, à leurs radios et analyses biologiques, à la lettre de sortie de l'hôpital ou encore à l'historique de leurs remboursements. Autant d'informations qui devraient aller dans le sens d'une meilleure coordination des soins et inciter les patients à devenir acteurs de leur propre santé.

Car, depuis la loi du 4 mars 2002 sur les droits des malades, le dossier médical appartient au patient, rappelle le quotidien. Mais, pour y avoir accès, il faut le réclamer. Et, concrètement, le patient doit effectuer cette démarche auprès de chaque praticien qui le suit : son médecin traitant, le spécialiste consulté ou l'hôpital où il a subi une intervention. "La demande de dossier médical dans les hôpitaux est passée dans les mœurs", constate, dans Le Figaro (page 11), Marc Morel, directeur du Collectif interassociatif sur la santé (Ciss). Mais il y a encore des problèmes de délais. "Depuis six mois, mon fils fait régulièrement des séjours à l'hôpital à la recherche d'un diagnostic, sans résultat, témoigne Florence, mère d'un enfant de quatre ans. J'ai décidé de consulter dans un autre hôpital pour avoir un second avis. J'ai réclamé le dossier. Je l'aurai dans un mois seulement…"

Je ne suis pas persuadé que les patients souhaitent être autonomes vis-à-vis des médecins, qu'ils ont choisis en confiance.

La résistance au changement concerne aussi bien les médecins que les CHU. "Il est vrai que nous avons assisté à un déficit de remise de dossier médical dans un certain nombre d'établissements publics", reconnaît le Dr Jean-François Thibault, membre du collège de la Haute Autorité de santé (HAS). Des réticences persistent aussi de la part de certains médecins. "Les malades sont encore trop souvent traités comme des enfants. Dans mon service, j'insiste pour qu'ils soient destinataires du compte rendu. Ce qui n'est pas systématiquement la règle", déplore, dans Le Figaro, Caroline Robert, cancérologue à l'Institut Gustave-Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne).

Cet accès ne doit pas déresponsabiliser les médecins, met en garde la Dre Rachel Bocher, psychiatre et présidente du Syndicat des praticiens hospitaliers. "C'est aux médecins de faire part de la complexité des situations, de leur expliquer les différents choix possibles et pourquoi ils optent pour l'un ou l'autre d'entre eux. Le patient ne peut pas recevoir l'information sans recommandations", renchérit son confrère, cancérologue, le Pr François Goldwasser.

L'accès au DMP rendra-t-il les patients plus autonomes ? "Je ne suis pas persuadé que les patients souhaitent être autonomes vis-à-vis des médecins, qu'ils ont choisis en confiance, estime, dans Le Figaro, le Dr Jacques Lucas, vice-président de l'Ordre national des médecins. Je pense que le patient revendique d'être informé clairement sur sa maladie, de comprendre ce qu'on va lui faire et d'y consentir."

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Départ en retraite : moins d'écart entre le public et le privé

Les fonctionnaires civils liquident leur retraite en moyenne dix-huit mois avant les salariés du secteur privé. Les premiers partent en moyenne à 60 ans et 10 mois, tandis que les seconds attendent 62 ans et 4 mois, précise le rapport sur les retraites dans la Fonction publique, annexé au projet de loi de finances pour 2016, cité dans Les Echos (page 3). Si l'on exclut les militaires, les policiers, les pompiers ou encore les infirmières, l'âge moyen de départ à la retraite des trois fonctions publiques a tendance à s'aligner sur celui des salariés du privé : 62 ans et 10 mois dans la Fonction publique d'Etat, 62 ans et 11 mois dans la territoriale, et 62 ans et 2 mois dans l'hospitalière.

Parmi les explications à cette convergence des âges moyens de liquidation, Les Echos expliquent tout d'abord que la part des catégories actives, autrement dit des emplois présentant un risque particulier ou des fatigues exceptionnelles justifiant un départ anticipé à la retraite, a tendance à baisser parmi les fonctionnaires.

Ensuite, les fonctionnaires travaillent plus longtemps suite aux réformes des retraites de 2003 et 2010. Il y a cinq ans, le gouvernement décidait notamment d'augmenter par étapes l'âge légal de la retraite des fonctionnaires civils à 62 ans, à l'horizon 2017, et de remonter l'âge de fin de la décote de 65 à 67 ans, rappellent Les Echos (page 3). S'ajoute enfin à ces mesures la mise en extinction de la possibilité pour les fonctionnaires parents de trois enfants de partir plus tôt.

John Sutton

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