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L’abus d’imagerie médicale entraîne des risques

Les découvertes fortuites faites par IRM ou scanner peuvent entraîner un risque de surdiagnostic et de surtraitement d'anomalies bénignes.

A cause de problèmes gastriques à répétition, Isabelle s'est vue prescrire un scanner par son médecin traitant. "Lors de l'examen, le radiologue m'a trouvé un nodule au poumon. D'après lui, ça pouvait être infectieux, j'ai donc suivi un traitement antibiotique avant de refaire un scanner", confie-t-elle au Figaro.
"Le nodule était toujours là, poursuit Isabelle. Selon le radiologue, ce n'était pas grave et il proposait juste de me revoir dans un an pour surveiller l'évolution du nodule. Mais comme j'ai eu un cancer du sein, j'ai préféré aller voir un pneumologue. Depuis, je fais une série d'examens complémentaires."Son inquiétude n'a pas pour le moment été confirmée par ces nouveaux examens. Mais Isabelle n'est pas encore rassurée.

Ces découvertes fortuites sont le lot quotidien des radiologues, car aujourd'hui, plus rien, ou presque, n'échappe à l'œil des spécialistes grâce aux progrès réalisés par l'imagerie médicale, constate Le Figaro-santé. Conséquence : dans 20% des examens, les radiologues découvrent autre chose que ce qu'ils cherchent.

Parfois, ces explorations permettent de prendre en charge des maladies avant qu'elles n'atteignent un stade difficilement curable. "C'est le cas notamment des cancers du rein. 65% sont découverts fortuitement, et c'est une chance", estime le Dr Romain Pommier, radiologue à l'hôpital Beaujon à Clichy. Mais les conséquences négatives potentielles de ces découvertes fortuites semblent être plus nombreuses que les conséquences positives.

En effet, dans la majorité des cas, ces "incidentalômes", comme les appellent les médecins, ouvrent la voie à une batterie d'examens invasifs, à un suivi anxiogène, voire à des traitements inutiles. "Ils sont la porte ouverte aux surdiagnostics et aux surtraitements", met en garde, dans Le Figaro, le Pr Éric Galam, enseignant à l'université Paris-Diderot.

En France, les chercheurs estiment à 90% de taux de surdiagnostic et de surtraitement de cancers de la thyroïde ces 20 dernières années ! Dans l'ensemble des grands pays développés, ce sont 500.000 personnes qui ont été opérées inutilement.

Autre exemple : celui des cas d'anévrisme cérébral (dilatation localisée de la paroi d'une artère de cerveau). "Aujourd'hui, nombre d'entre eux, complètement asymptomatiques, sont découverts fortuitement lors d'une IRM. Et, pour les patients, découvrir un anévrisme, c'est vivre avec une bombe dans la tête", explique le Pr Christophe Cognard, neuroradiologue au CHU de Toulouse. Avec la tentation d'opérer des anévrismes qui n'auraient jamais évolué… Une intervention qui n'est pas sans danger pour le patient.

Outre les risques d'un possible surtraitement, les découvertes fortuites provoquent également une situation anxiogène. Faire une découverte fortuite n'est donc jamais anodin. Pourtant, le corps médical s'interroge encore peu sur le sujet.

"Le risque de se voir reprocher de ne pas avoir réalisé un examen, ou prescrit un traitement en situation d'incertitude, est aujourd'hui plus grand que de se voir reprocher l'effet délétère d'une action", analyse Eric Galam dans un éditorial de la revue Médecine. Comment inverser la donne ?, interroge Le Figaro. La question reste entière.

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