L’absence de complémentaire, première cause de renoncement aux soins

La non-couverture par une complémentaire santé est le principal facteur de renoncement aux soins pour raisons financières, indique une étude de la direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Statistiques (Drees) datée de juillet. Ce document précise les conditions d'interprétation de cette notion, particulièrement sensible à la formulation des questions dans les enquêtes auprès des Français.

Le fait de ne pas disposer de couverture complémentaire est, avec le niveau de vie, le déterminant principal de renoncement aux soins pour raisons financières. C'est ce que confirme une étude de la direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Statistiques (Drees) publiée en juillet. De fait, indique cette étude, les personnes dépourvues de complémentaire renoncent deux fois plus aux soins que celle qui sont couvertes.

La notion de renoncement aux soins est "particulièrement utile pour étudier l'accès aux soins les moins bien remboursés par l'assurance maladie obligatoire", explique la Drees. C'est le cas de l'optique ou des soins dentaires, deux postes de dépenses majoritairement pris en charge par les organismes complémentaires.

Utilisé en complément d'autres critères tels que le reste à charge, le taux de recours ou les dépenses moyennes, elle permet notamment de s'interroger sur l'articulation entre régime obligatoire et régime complémentaire. Elle est mesurée par des questions du type "Au cours des douze derniers mois, avez-vous renoncé à un soin pour des raisons financières ?".

Or, explique la Drees, cette notion "éminemment subjec­tive dépend largement des re­présentations individuelles". En particulier, elle est très sensible à la formulation des questions dans les enquêtes visant à évaluer l'accès aux soins ou à mesurer le renoncement.

Les soins dentaires et optiques font de loin l'objet des taux de renoncement les plus élevés.

Dans ces baromètres, les écarts de taux de renoncement peuvent atteindre 15 points selon la formulation utilisée. A titre d'exemple, le taux global de renoncement aux soins est le plus élevé (36%) lorsque le questionnement est le plus précis, c'est-à-dire lorsque le type de soins et les raisons financières sont mentionnés d'emblée.

Indicateur complémentaire

La Drees démontre toutefois que les déterminants sociaux des personnes renonçant aux soins pour raisons financières restent identiques "quelle que soit la formulation adoptée". Ainsi, environ 20% des personnes déclarant avoir renoncé à au moins un soin n'ont pas de diplôme et environ 30% font partie du premier quintile de niveau de vie, c'est-à-dire les 20% des ménages aux revenus les plus faibles. Et 30% appartiennent au deuxième quintile.

De même, la formulation des questions n'a pas d'incidence sur le classement des soins faisant le plus l'objet de renoncement. En particulier, note la Drees, "les soins dentaires et optiques font de loin l'objet des taux de renoncement les plus élevés", indépendamment de la manière dont sont posées les questions.

Les chercheurs recommandent donc de ne pas interpréter en niveau le taux de renoncement global et d'effectuer des comparaisons de taux entre années en respectant strictement les mêmes conditions de collecte. L'indicateur "renoncement" est donc pertinent pour des comparaisons entre différentes catégories (de soins ou sociodémographiques) et "en complément d'autres indicateurs plus objectifs".

Cliquer ici pour consulter l'étude de la Drees.

Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)