La surdité entraîne-t-elle la sénilité ?

"Après 65 ans, une perte d'audition non corrigée peut accélérer le déclin cognitif", prévient La Croix (page 7) en se référant aux conclusions d'une étude menée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et publiée dans le Journal of the American Geriatrics Society.

Pour comprendre l'impact du sens auditif sur le déclin cognitif, corrélation étudiée depuis longtemps, l'Inserm s'est appuyé sur une enquête entamée en 1987 et baptisée "Paquid", explique le quotidien.

Au tout début de ces travaux, "les chercheurs ont demandé à 3.772 personnes si elles avaient ou non des troubles auditifs : 2.443 sujets ont indiqué ne pas avoir de troubles gênants, 1.178 ont rapporté une gêne modérée, notamment pour suivre une conversation à plusieurs ou dans le bruit. Et 151 participants ont déclaré une gêne majeure. Parmi les personnes avec une gêne majeure ou modérée, 150 ont déclaré avoir une prothèse auditive et 1.179 n'étaient pas appareillées".

Pendant les vingt-cinq années qui ont suivi, lors d'examens réguliers, la cohorte a été soumise à des tests visant à évaluer les fonctions cognitives de chacun des participants : la mémoire, l'attention, la maîtrise du langage et du calcul ou encore la capacité à s'orienter dans l'espace et dans le temps.

"C'est à partir de ce suivi de vingt-cinq ans que l'Inserm a constaté que les personnes ayant un trouble de l'audition et non appareillées présentaient un déclin cognitif significativement plus important que les personnes sans trouble auditif", écrit La Croix.

Coïncidence ou impact réel entre les deux situations ? Pour Hélène Amieva, professeure à l'université de Bordeaux et épidémiologiste à l'Inserm, le lien direct entre la baisse de l'audition et le déclin cognitif n'est pas biologiquement certain. Néanmoins, explique-t-elle, "on peut penser qu'une personne âgée, qui entend moins bien, va peu à peu restreindre sa vie sociale. Elle va moins communiquer avec les autres, moins sortir ou restreindre ses activités de loisir. Et c'est sans doute cet isolement social progressif qui joue un rôle dans ce déclin".

De son côté, le Pr Philippe Amouyel (CHRU de Lille), directeur de la Fondation pour la recherche sur la maladie d'Alzheimer, estime que les troubles de l'audition sont à l'origine d'une "réorganisation du cerveau". Dès lors, il y a une "perte de la capacité à comprendre et même la perte de certains mots. Ne plus entendre des bruits habituels de la vie quotidienne peut entraîner une moindre stimulation de la plasticité neuronale du sujet et faire baisser ses réserves cognitives globales". Un résultat inquiétant pour les seniors ? Pas forcément, nuance la Pre Amevia, qui souligne que "l'étude montre que les personnes appareillées ont un niveau cognitif identique à celui des personnes sans problème d'audition".

Frédéric Lavignette

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