La santé menacée par les dérives sectaires

Des plantes miraculeuses, des stages de méditation ou encore des jeûnes pour affaiblir la maladie : le domaine de la santé n’est pas épargné par les dérives sectaires. Il représente même, à lui seul, un quart des signalements à la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

A presque 46 ans, Fabienne a déjà l’impression d’être une double rescapée. De son cancer du sein, d’abord, de l’emprise d’un escroc ensuite. "Je vivais l’un des moments les plus critiques de ma vie, analyse-t-elle aujourd’hui. Je me battais depuis un an contre ce cancer. La chimio s’éternisait et m’épuisait. Et à la maison, mon mari s’éloignait de moi."

Alors qu’elle commence à s’intéresser à l’alimentation des malades du cancer, elle découvre l’existence d’un homme qui se propose de "décrypter le cancer, l’expliquer et donc le combattre". Elle plonge, s’inscrit à une journée de formation, puis à un séminaire. Un véritable conditionnement : pas ou très peu de nourriture, des séances de travail jusque tard dans la nuit, des slogans anti-médecine "traditionnelle" à reprendre en chœur. "A la fin de la semaine, on n’est plus capable de réfléchir par soi-même, raconte-t-elle. On se contente de répéter ce qu’on entend… et de payer pour diverses prestations."

Des patients vulnérables

Ce témoignage ne surprend pas le Dr Serge Blisko, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) : "Les dérives sectaires dans le domaine de la santé représentent près de 25% de l’ensemble des signalements que nous recevons."

Comment expliquer une telle situation ? "Il y a en France 15 millions de personnes en affection de longue durée, indique ce médecin. Ces patients ont régulièrement des examens de contrôle, forcément angoissants, et une bonne partie d’entre eux subissent des traitements lourds. Ils sont très vulnérables. Et ils ont face à eux une médecine traditionnelle très technique et très froide."

Selon Serge Blisko, ces dérives seraient directement liées au développement des thérapies non conventionnelles. En effet, quatre Français sur dix ont aujourd’hui recours aux médecines dites "complémentaires". Et ils ont l’embarras du choix : il existe en France 400 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique.

"Attention, précise le médecin, nous ne sommes pas, par principe, contre l’homéopathie, l’acupuncture, l’ostéopathie, la chiropractie ou l’hypnose médicale, à condition que cela soit pratiqué par des professionnels de santé, afin qu’ils puissent évaluer et suivre médicalement la situation du patient."

Le vrai danger

Mais comment reconnaît-on une pratique potentiellement dangereuse ? Selon la Miviludes, il existe une dizaine de critères, parmi lesquels principalement "l’emprise mentale", fréquemment "des exigences financières exorbitantes" et, surtout, une "incitation à la rupture avec l’environnement", en l’occurrence avec le milieu médical traditionnel. "C’est là le vrai danger, insiste Serge Blisko. Tant qu’on vous fait prendre de la poudre de perlimpinpin, même si cela vous coûte cher, à la limite… Mais le drame, c’est lorsqu’on fait arrêter des traitements type chimiothérapie à des patients. Ou qu’on les dissuade de commencer. Les conséquences sont dramatiques."

Pour l’entourage, la situation est particulièrement difficile. "Il est très dur de raisonner un proche séduit par de telles pratiques, reconnaît Serge Blisko. Souvent, dans un premier temps, il y a un effet placebo, le malade se sent mieux… Et en plus, il a la volonté de lutter contre le système médical." La solution serait alors de ne pas le braquer, mais "de lui dire d’en parler avec son médecin traitant, pour qu’il ne se coupe pas du milieu médical… Malheureusement, les moyens d’action sont limités. Sauf s’il s’agit d’un mineur. Dans ce cas, il faut absolument alerter le juge des enfants !"

Ce qui a sauvé Fabienne, c’est que son corps déjà affaibli n’a pas supporté le jeûne et la fatigue. Elle fait un malaise en pleine rue, est conduite à l’hôpital, où une femme médecin ayant elle-même vécu un cancer la remet sur pied… et la raisonne. "Sinon, peut-être que j’aurais choisi d’arrêter ma chimio, comme le recommandait cet homme, admet-elle. Et aujourd’hui, je ne serais plus là pour témoigner !"

Mutualité Française et Miviludes s’allient pour protéger les malades

La Mutualité Française et la Miviludes ont signé une convention-cadre visant à mener des actions communes de prévention sur les dérives sectaires potentielles dans le domaine de la santé. Pour le Dr Serge Blisko, président de la Miviludes, "l’information et la prévention sont l’un des moyens les plus efficaces pour sensibiliser le grand public et ainsi éviter les conséquences dommageables et parfois irrémédiables entraînées par ces méthodes de guérison trop belles pour être vraies".

De son côté, Etienne Caniard, président de la Mutualité Française, affirme : "Il est essentiel d’informer sur les risques de dérives sectaires, à titre préventif, les patients qui voudraient se tourner vers une thérapie complémentaire, de façon à leur donner la possibilité d’avoir une démarche critique lors du choix d’un thérapeute. C’est tout l’enjeu de ce partenariat."

En savoir plus
Retrouvez les conseils du site Priorité santé mutualiste  pour éviter les dérives sectaires en santé.

Virginie Plaut

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)