La large victoire de Nicolas Sarkozy

Elu hier avec 53,06% des voix, Nicolas Sarkozy devient le sixième président de la Ve République. Publiés pour l’occasion avec quelques jours d’avance, les hebdomadaires dressent le portrait du nouvel élu. Ainsi, Le Point (pages 29 à 72) rappelle son parcours : sa naissance en janvier 1955, ses études de droit à Nanterre au début des années soixante-dix, ses premières manifestations contre les grèves, sa première prise de parole aux assises de l’UDF à Nice, en 1975, sa conquête de la mairie de Neuilly en 1983 suivie, cinq ans plus tard, par son élection comme député. C’est alors "le début d’une conquête du pouvoir méthodique, chaotique, violente, marquée de très haut et de très bas", souligne Le Parisien/Aujourd’hui (pages 1 à 15).

Pour sa part, Ségolène Royal, qui a obtenu 46,94% des voix, a lancé aux militants, indique Libération (page 4) qu’ils pouvaient "compter [sur elle] pour approfondir la rénovation de la gauche et la recherche de nouvelles convergences au-delà de ses frontières actuelles". Pour ce quotidien, la défaite de la candidate socialiste est "incontestable sans être humiliante". Dans son éditorial, Laurent Joffrin (page 3) promet un retour du "temps des cerises". "La France a fait un choix net. Sur la forme, rien à dire. [...] Nicolas Sarkozy est un président légitime, désigné sans entourloupe, ni hésitation." Toutefois, précise l’éditorialiste, ce que promet le programme de Nicolas Sarkozy "dans l’immédiat, c’est le temps des noyaux. Courage."

En s’adressant à ses partisans quelques minutes après l’annonce des résultats, le nouveau président de la République a dressé une esquisse de ce futur : "Ensemble, nous allons écrire une nouvelle page d’histoire. Je serai le président qui donnera à chacun sa chance, mais cette chance, il faudra la mériter par son travail et son engagement personnel."

Et maintenant ? Comme l’indiquent Les Echos (pages 1 à 4, 8 et 18), "le candidat élu hier devrait attendre la fin du mandat du chef de l’Etat sortant, le 16 mai pour prendre ses fonctions." Pendant une dizaine de jours, Nicolas Sarkozy devrait "prendre du champ", comme il l’a déclaré, "afin d’habiter la fonction, se reposer après le fracas de la campagne pour prendre la distance nécessaire pour devenir [...] l’homme de la Nation."

Ensuite, le chef de l’Etat devrait "lancer dès son entrée en fonction ses chantiers prioritaires", estime La Tribune (pages 4 à 7). Après la passation des pouvoirs, Nicolas Sarkozy se rendra, dès la première semaine, à Bruxelles et à Berlin "pour promouvoir son mini-traité européen", annoncent Les Echos. Vers la mi-mai, le nouveau chef de l’Etat devrait rencontrer les partenaires sociaux. Il tiendra son premier Conseil des ministres le 23 mai. Cette réunion donnera l’occasion au nouveau président "de poser au milieu de ses troupes sur le perron de l’Elysée pour la traditionnelle photo d’équipe", souligne le quotidien économique.

Dans ce registre, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il formerait un gouvernement composé de quinze ministres au plus "respectant la parité et donnant des signes d’ouverture", poursuit ce quotidien. A priori, indique à son tour Le Figaro (page 12), "la nomination de Fillon à Matignon ne fait guère de doute" et "le match des Premiers ministres n’aura pas lieu". Au jeu des hypothèses, Jean-Louis Borloo pourrait conserver un poste ministériel, "soit pour le nouveau ministère de la Stratégie économique et de l’Emploi, soit au ministère de l’Education nationale, élargi aux secteurs de la Culture et de la Communication", croit savoir Le Figaro. Toutefois, le nom de Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé et porte-parole du candidat de l’UMP, circule aussi pour ce même poste, mais il est aussi évoqué pour le ministère de l’Intérieur.

Dans la nouvelle configuration, le maroquin de la Santé, auquel s’ajouterait le Sport, pourrait revenir à "Valérie Pécresse, actuelle porte-parole de l’UMP". Autre femme qui pourrait obtenir un poste ministériel : Nathalie Kosciusko-Morizet. Sur le plan économique, avance La Tribune, Nicolas Sarkozy entend scinder Bercy en deux. "D’un côté, devrait voir le jour un ministère des Comptes (budget de l’Etat, de la Sécurité sociale, collectivités locales), de l’autre, serait créé un ministère de la Croissance, de l’Emploi et de la Stratégie économique". Ce sont ces ministres qui auront la charge de résoudre les premières missions gouvernementales, prévient La Tribune. Car "les premiers mois seront placés sous le signe des finances publiques" et de la réduction de la dette. De la même façon, poursuit ce journal, "Nicolas Sarkozy sera confronté, dès les premiers jours de son mandat au dérapage des comptes de l’assurance maladie." Le déficit de la branche maladie devrait atteindre cette année 5,1 milliards d’euros. Dans ces conditions, le comité d’alerte sur les dépenses d’assurance maladie pourrait sonner l’alarme comme la loi l’y autorise, au plus tard le 1er juin prochain. Ce serait une première. Dans cette hypothèse, l’assurance maladie et le gouvernement devraient prendre des mesures de redressement. "Une façon bien peu populaire de commencer la législature", écrit La Tribune...