L’inquiétante augmentation du renoncement à une complémentaire

Pour cause de baisse de revenus au moment de la retraite, Solange Tetaud, 77 ans, a renoncé à sa complémentaire. Puis, lors d'une hospitalisation, on lui découvre des problèmes de diabète et de cholestérol."J'avais passé toutes ces années à me négliger. Dentiste, ophtalmo, gynéco… je n'y allais plus vraiment", confie-t-elle au Monde (page 10). Si Solange Tetaud a, depuis lors, repris une mutuelle, il n'en est pas de même pour une partie croissante de la population."De plus en plus de Français se passent de complémentaire santé", titre le quotidien, le plus souvent pour des raisons financières.

Ce sont surtout les chômeurs, les jeunes et les retraités qui renoncent à une couverture complémentaire, précise ce matin RMC en reprenant les données de la Mutualité Française. En 2012, 3,3 millions de nos compatriotes n'avaient pas de complémentaire, soit 500.000 de plus que deux ans auparavant, comme le montre la Mutualité en s'appuyant sur la dernière enquête de l'Institut de rechercher et de documentation en économie de la santé (Irdes).

"C'est un chiffre qui devrait alarmer nos gouvernants, quand on sait que le renoncement aux soins est deux fois plus important pour les personnes ne bénéficiant pas d'une complémentaire", alerte, dans Le Monde, et ce matin dans le journal de 5 heures d'Europe 1, le président de la Mutualité Française, Etienne Caniard,

500.000 bénéficiaires d'une complémentaire santé en moins, c'est"un chiffre qui inquiète, alors que le gouvernement dit vouloir mettre l'accent sur l'accès aux soins, en ne touchant pas aux remboursements (…), et en inscrivant le tiers payant pour tous dans la future loi de santé", écrit Laetitia Clavreuil dans Le Monde. Selon la société de conseil Jalma, en 2013 et 2014, 100 000 personnes par an auront fait le choix de se désassurer.

A l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), on préfère parler de"stabilité" du nombre de bénéficiaires."Que cela baisse ou se stabilise, peu importe. Cela montre en tout cas qu'il y a une partie de la population que le système n'arrive plus à toucher", tranche Paul Dourgnon, directeur de recherche à l'Irdes.

"La complémentaire pour tous, le président de la République l'avait promise en 2012. Pour l'heure, le gouvernement a uniquement amélioré la couverture santé des salariés dans le cadre de l'Accord national interprofessionnel (Ani), laissant de côté jeunes, chômeurs et salariés", constate Le Monde.

La crise économique pèse pour beaucoup dans la démutualisation. La hausse du chômage a pour effet la perte d'accès à une couverture complémentaire collective dans le cadre de l'entreprise. Mais la Mutualité Française dénonce aussi le"renchérissement inévitable" du prix des contrats, du fait de l'augmentation des taxes (TSCA et fonds CMU) passées de 1,75% en 2005 à 13,27% en 2012. Autant de facteurs qui font que la démutualisation est lourde de conséquences :"si les gens en bonne santé décident de ne pas s'assurer, cela posera problème pour l'équilibre du système, basé sur le principe de solidarité", indique Le Monde.

A lire aussi – MGEN/LMDE : une nouvelle étape

La Mutuelle générale de l'Education nationale (MGEN) devrait renoncer au plan d'adossement qu'elle avait proposé pour aider La Mutuelle des étudiants (LMDE) à sortir de ses difficultés, rapportent Les Echos (page 28)."Plusieurs indices nous laissent penser que l'adossement tel qu'initialement envisagé n'est pas le scénario privilégié. Dont acte", a déclaré hier Thierry Beaudet, président de la MGEN. "Je vais proposer à notre conseil d'administration [qui se réunira vendredi NDLR] de mettre fin au plan d'adossement qu'on avait imaginé", annonce-t-il.

La MGEN avait"volé au secours" de la LMDE en 2013, alors que celle-ci était au bord de la cessation de paiement, rappelle le quotidien économique. Le plan d'adossement prévoyait le transfert de fonctions support de la LMDE, puis celui de son back-office vers la MGEN."Mais le processus avait été suspendu faute de visibilité immédiate sur le nouveau montant des remises de gestion versées par la Cnam à la LMDE pour son activité de gestionnaire de la Sécu étudiante." Or ces dotations représentent une grande partie des recettes, souligne le quotidien économique.

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)