L’accompagnement des patients ne doit pas passer par les labos !

Un projet de loi veut autoriser l’industrie pharmaceutique à organiser des programmes individualisés d’aide au traitement. Un rêve pour les labos ! La Mutualité Française tire le signal d’alarme sur les risques de cette pratique, qui relève davantage du marketing que de l’accompagnement des malades.

L’information directe des patients représente le nouvel Eldorado de l’industrie pharmaceutique. Ce rêve risque aujourd’hui de devenir réalité : le 11 janvier 2007, un projet de loi autorisant les firmes pharmaceutiques à organiser des programmes d’accompagnement des malades sera examiné par l’Assemblée nationale. Il leur permettra de suivre les patients dans la prise de leur traitement.

Si ce projet de loi est voté en l’état, les laboratoires pourraient facilement "contourner l’interdiction de la publicité directe aux patients", s’inquiète la Mutualité Française dans une lettre adressée le 27 décembre au ministre de la Santé, Xavier Bertrand.

Manque d’objectivité

"Par définition, les firmes ne sont pas en situation de faire de l’information comparative fiable sur les maladies et les traitements", s’indigne le collectif "Europe et médicament", auquel appartient la Mutualité Française aux côtés de l’association de consommateurs UFC-Que choisir et de la revue médicale indépendante Prescrire. En effet, les laboratoires "ont à défendre leurs médicaments et ne peuvent donc pas parler objectivement des autres options thérapeutiques". Dans ces conditions, "comment imaginer qu’une firme soit en mesure d’expliquer à un patient qu’il devrait arrêter son traitement ou en changer pour prendre un médicament commercialisé par un concurrent ?".

L’accompagnement doit revenir aux soignants

Le collectif "Europe et médicament" invite chacun à rester dans son rôle. Celui des pouvoirs publics est de désigner les pathologies pour lesquels l’accompagnement des patients est nécessaire. De leur côté les soignants – en particulier le médecin traitant – doivent rester les interlocuteurs exclusifs des malades, avec qui ils évaluent l’intérêt et les inconvénients des traitements. Enfin, il revient aux industriels de mettre au point des médicaments sûrs et efficaces.

Marketing et fidélisation

Au contraire, le projet de loi soumis aux parlementaires pourrait laisser les laboratoires choisir les programmes qu’ils mettent en place, sans tenir compte des priorités de santé publique et sans évaluation objective de leurs actions. Sous couvert d’un meilleur accompagnement des malades, l’industrie pharmaceutique disposerait d’une nouvelle arme marketing afin de mieux "fidéliser" le patient…