Kinés et infirmiers : des dépenses élevées

Les dépenses d'assurance maladie liées à l'activité des infirmiers et des kinésithérapeutes libéraux ont représenté 10,7 milliards d'euros en 2014. Depuis 2000, elles augmentent de 5,7% par an, soit une croissance "de moins en moins soutenable, sauf à évincer d'autres dépenses", souligne la Cour des comptes dans son dernier rapport sur la "Sécu".

Cette suractivité est due à l'inégale répartition de ces auxiliaires de santé sur le territoire. "En clair, l'offre de soins créerait la demande de soins", résume Le Parisien/Aujourd'hui (page 10). C'est dans les dix départements les plus dépensiers que l'on trouve la densité d'infirmières la plus élevée. A l'opposé, la densité chute dans les dix départements les moins consommateurs de soins. Le constat est sensiblement le même pour les kinés.

C'est dans les dix départements les plus dépensiers que l'on trouve la densité d'infirmières la plus élevée.

Les cas les plus frappants relevés par la Cour des comptes et cités dans Le Parisien/Aujourd'hui sont les suivants. Pour les kinésithérapeutes, alors que l'Aube ne dépense que 13,40 euros par an et par habitant, la note grimpe à plus de 160 euros par habitant à la Martinique, là où la concentration de kinés est douze fois plus élevée que dans l'Hexagone !

Chez les infirmières libérales, les différences vont de 1 à 8. Alors qu'en Eure-et-Loir, les dépenses sont inférieures à 30 euros par habitant, elles sont de 240, 80 euros en Martinique ! La facture des vingt départements (11,8% de la population) les plus dépensiers atteint les 3 milliards d'euros, alors que celle des quatre-vingts départements les plus économes représente 4,6 milliards d'euros. A l'évidence, la régulation des installations en exercice libéral, acceptée par les infirmiers en 2009, n'a pas permis d'endiguer la surdensité des professionnels dans certaines régions.

La hausse des dépenses appelle "la mise en œuvre sans délai de dispositifs de régulation efficaces", estime la Cour des comptes. Jugées "notoirement insuffisantes", les actions de contrôle de l'assurance maladie "doivent être renforcées, au regard de l'ampleur des dépenses injustifiées à caractère ou non frauduleux", recommande-t-elle. "Depuis 2008, nos techniques de ciblage n'ont cessé de s'améliorer. Nous contrôlons en moyenne chaque année 3.500 infirmiers et kinésithérapeutes", se défend, dans Le Parisien/Aujourd'hui, Pierre Felder, directeur de la lutte contre la fraude à la Cnam. Ainsi, la capacité de repérage des fraudeurs a été multipliée par quatre. "Si en 2008, 6,8 millions d'euros de préjudices ont été détectés, en 2014, nous avons stoppé pour 25,4 millions d'euros d'actes et de soins indûment facturés à l'assurance maladie", fait-il valoir.

Les actions de contrôle de l'assurance maladie doivent être renforcées, au regard de l'ampleur des dépenses injustifiées à caractère ou non frauduleux.

Avez-vous constaté des dérives dans des départements particuliers ?, l'interroge Le Parisien/Aujourd'hui. "Là où la densité de professionnels de santé est forte, le nombre de fraudes constatées est plus fort : c'est proportionnel. La Martinique et les Bouches-du-Rhône ou certains départements d'Ile-de-France font partie des départements sur lesquels nous sommes spécialement vigilants", explique Pierre Felder.

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Augmentation du tabagisme

Mauvaise nouvelle pour les tenants de la lutte antitabac : la consommation repart à la hausse (+ 1,9%) après quatre années de baisse, car les prix n'ont pas augmenté, soulignent Les Echos (page 4). Une tendance qui pourrait malheureusement se poursuivre en 2016, selon la Commission des comptes de la Sécurité sociale, qui invoque "la stabilité de la fiscalité applicable et vraisemblablement des prix".

Pour tenter d'inverser cette tendance, la députée socialiste Michèle Delaunay, rapporteure du volet assurance maladie du PLFSS 2016, compte proposer une augmentation du paquet d'un euro en 2016, et autant les deux années suivantes.

En outre, avec l'instauration du "paquet neutre", disposition supprimée par les sénateurs, mais qui sera réintroduite par les députés, le gouvernement espère rendre les cigarettes moins attractives auprès des jeunes. "L'impact du paquet neutre n'est pas censé être radical dès la première année", indique Michèle Delaunay, qui défend cette mesure. Il convient de l'accompagner d'autres dispositions en direction des jeunes.

L'hypothèse d'une nouvelle hausse du prix des cigarettes fait "l'objet de discussions assez vives au sein du gouvernement", a déclaré le ministre du Budget, vendredi au micro de RMC. Reconnaissant que le prix n'avait pas augmenté depuis longtemps, Christian Eckert a toutefois tenu à rappeler les récents efforts demandés aux cigarettiers et aux buralistes. "Ce n'est pas la fiscalité seule qui fera changer les comportements", estime-t-il.

John Sutton

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