Journée de lutte contre le sida : vers un dépistage plus ciblé

A l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, la ministre de la Santé se rendra ce matin à l'hôpital Saint-Louis, à Paris, où elle sera reçue notamment par le Pr Willy Rozenbaum, qui exerce dans le service des maladies infectieuses. L'ancien président du Conseil national du sida et codécouvreur du VIH estime, dans Le Parisien/Aujourd'hui (page 10), qu'il faut se concentrer sur le "tandem dépistage et traitement" en cas de diagnostic positif, plutôt que sur l'espoir d'un vaccin. "Ils permettent une espérance de vie normale et empêchent la transmission", explique-t-il.

"Si la prise en charge des malades du sida en France est un vrai succès, pour le reste, l'échec est patent", constate Libération (page 9). "L'épidémie est toujours active en France, avec 7.000 à 8.000 nouvelles contaminations par an", rappelle François Bourdillon, directeur de l'Institut national de veille sanitaire (InVs). Tout aussi inquiétant : le nombre de séropositifs (30.000) qui ignorent leur statut ne diminue pas. Dès lors, près d'un tiers des personnes découvrant leur séropositivité sont déjà au stade de la maladie, ce qui signifie qu'elles ont été contaminées il y a plusieurs années.

Comment expliquer cet échec ? "C'est un défi qu'on n'arrive pas à relever. (…) Les tests qui sont faits sont souvent inutiles, en tout cas ils n'arrivent pas à toucher les personnes qui passent à travers", explique, dans Libération, le Pr Gilles Pialoux, co-auteur d'un rapport sur les nouveaux modèles de prévention. Comment faire pour améliorer le dépistage ? Comment casser le rythme des 7 000 contaminations annuelles ? Une des pistes réside dans la généralisation des Trod (tests rapides d'orientation diagnostique). "Les autotests n'ont pas vocation à remplacer le dépistage classique. Mais il nous semble important de diversifier les modes de dépistage pour toucher le plus grand nombre", estime, dans Le Figaro-santé (page 9), Daniela Rojas Castro, coordinatrice pour la recherche à l'association Aides.

Autre solution évoquée : revenir à un dépistage plus ciblé, comme l'a montré le bilan de l'expérience lancée dans certains services d'urgence des hôpitaux franciliens. "Des tests sida non ciblés, proposés à tous ceux qui passent par les urgences, ont finalement apporté très peu de tests positifs", constate, dans Libération, la Pre Anne-Claude Crémieux de l'hôpital de Garches (Hauts-de-Seine). D'où un recentrage avec un dépistage infirmier ciblé. "Aujourd'hui, il y a des groupes qui sont plus à risque. Ce sont les toxicos, les gays, les multipartenaires et les personnes originaires d'Afrique subsaharienne. Pour ceux-là, à travers un questionnaire, on va leur proposer un test rapide", explique Judith Leblanc, infirmière.

"La prévention doit être multiforme, et surtout elle doit être audacieuse", affirme Jean-François Delfraissy, qui di­rige l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS). D'où l'intérêt suscité par la prise d'antirétroviraux en "prophylaxie préexposition" (PrEP), dont l'efficacité préventive a été récemment confirmée par plusieurs études, notamment l'essai français Ipergay de l'ANRS, rappelle Le Figaro-santé (page 9).

"Bref, il y a des pistes. Mais voilà, encore faut-il les mettre en place", souligne Eric Favereau, journaliste de Libération. "On ne peut plus continuer à regarder l'épidémie se poursuivre", déclare le directeur d'Aides. "L'atten­tion portée au sida n'est plus aussi importante que par le passé", déplorent de concert Anne Hidalgo, maire de Paris, et Bill de Blasio, maire de New York, dans une tribune publiée dans Libération (page 21). "Nous pensons que les villes ont une obligation particulière à mener le combat et à attirer l'attention sur le besoin urgent d'agir", ajoutent-ils.

John Sutton

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