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IVG : Mutations célèbre les 45 ans de la loi Veil

A l'occasion du 45e anniversaire de la loi Veil, ce vendredi 17 janvier 2020, autorisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG), le magazine Mutations consacre son nouveau numéro aux droits des femmes. Il s'intéresse aux nouveaux combats à mener, notamment pour garantir une effectivité des droits existants.

La loi Veil, qui a autorisé l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en France, fête son 45e anniversaire ce 17 janvier 2020. A cette occasion, le magazine Mutations consacre son numéro de janvier 2020 aux droits des femmes, et plus particulièrement aux nouveaux combats à mener afin que l'effectivité des droits existants soit garantie.

"La loi de 1975 doit être célébrée comme un moment déterminant de la lutte pour l'émancipation des femmes", déclare, dans une tribune, Marc-Olivier Padis, directeur des études au think tank Terra Nova. "Cette loi a changé la vie de milliers de femmes et de jeunes filles. Elle a marqué la fin d'un silence imposé, d'une hypocrisie partagée, d'une honte sociale immémoriale", rappelle Marc-Olivier Padis.

Lutter contre les entraves à la loi

Si l'IVG constitue désormais un droit acquis grâce à l'implication de l'ex-ministre de la Santé, Simone Veil, les femmes qui souhaitent aujourd'hui interrompre leur grossesse demeurent parfois confrontées à de multiples entraves contre lesquelles il faut lutter. "Certains médecins par exemple, qui se retranchent derrière leur clause de conscience, se contentent de dirent qu'ils ne pratiquent pas cet acte et laissent les femmes dans la nature. La loi les oblige pourtant à réorienter leurs patientes", dénonce Caroline Rebhi, coprésidente du Planning familial.

"D'autres leurs demandent de revenir une semaine plus tard, invoquant un délai de réflexion pourtant supprimé par la loi de 2016", poursuit Caroline Rebhi tout en réclamant une meilleure formation des professionnels de santé pour renforcer l'effectivité du droit à l'avortement. A ces freins, peuvent aussi s'ajouter des tarifications inadaptées, notamment des "dépassements d'honoraires qui, normalement, n'ont pas lieu d'être dans les forfaits IVG", précise-t-elle.

Un accompagnement bienveillant

Les centres dédiés à la pratique de l'IVG permettent d'éviter ces écueils, comme l'illustre le reportage réalisé au centre d'orthogénie Clotilde-Vautier, situé à Nantes, au sein du pôle hospitalier mutualiste Jules-Verne. Cette structure a été créé sous l'impulsion du Dr Philippe David, chirurgien gynécologue de la clinique Jules-Verne.

"Disposer d'un lieu ad-hoc fait toute la différence dans l'accompagnement. C'est aussi pour les femmes, l'assurance d'avoir réellement le choix, indépendamment de leur terme, entre les différentes méthodes d'IVG : médicamenteuse, ou instrumentale sous anesthésie locale ou générale", explique la Dre Marion Le Saos, gynécologue à la maternité Maison de la naissance de la clinique Jules-Verne et médecin référente du centre Clotilde-Vautier.

"Notre public n'est pas forcément une population jeune et démunie. Il n'y a pas de profil type de la femme qui recourt à une IVG. Tout le monde peut être concerné", souligne Nolwenn Flamon, conseillère conjugale et familiale (CCF). Dans ce centre où l'accompagnement se veut bienveillant, la question des violences est systématiquement abordée par les professionnels de santé. "Elle fait partie de l'anamnèse du médecin, mais elle peut aussi être évoquée lors du bilan sanguin, en salle d'intervention pendant la réalisation du geste, dans la salle de repos une que celui-ci est terminé : toute situation de rencontre peut constituer un moment pour poser ces questions", témoigne Françoise Bardy, sage-femme et CCF.

Trop de violences impunies

Interviewé sur les violences faites aux femmes, le Dr Gilles Lazimi, médecin généraliste au centre municipal de santé Louise-Michel, à Romainville, juge crucial de poser tout simplement la question aux patientes. Ce militant de SOS Femmes 93 et du Collectif féministe contre le viol (CFCV) s'est ainsi aperçu "qu'à peu près une femme sur quatre qui consulte a été victime de violences physiques au cours de sa vie et qu'une sur cinq a été victime de violences sexuelles".

Par ailleurs, "près d'un quart des femmes qui demandent un avortement révèlent qu'il est en lien avec des violences : viols, violences conjugales mais aussi au sein du cercle intrafamilial", rapporte-t-il tout en dénonçant le nombre de délits impunis.

"Paradoxalement, en dix ans, nous avons assisté à une hausse de 20% des plaintes liées aux violences sexuelles et à une baisse de 40% des condamnations", déplore Gilles Lazimi. Pour lui, la France dispose d'un "arsenal de lois et de dispositifs législatifs exemplaires" mais "insuffisamment appliqués pour assurer la sécurité des femmes".

"Suspicion patriarcale"

"Quand une femme dénonce une infraction contre sa personne, d'autant plus si c'est dans le cadre conjugal ou qu'il s'agit d'une agression sexuelle, elle va devoir faire preuve qu'elle n'est pas en train de mentir", s'insurge Sophie Soubiran, avocate en droit pénal et en droit familial, dans la rubrique "Décryptage" qui analyse l'évolution des droits des femmes au fils du temps. Pour cette membre de la Fondation des femmes, "la présomption du mensonge" résulte de "siècles de suspicion patriarcale sur les femmes".

"Beaucoup de schémas d'oppression sont invisibles ou difficiles à détecter", renchérit Brigitte Grésy, présidente du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes. Cela contribue à perpétuer de nombreuses inégalités. Parmi les inégalités qui persistent, figurent notamment le temps consacré aux tâches domestiques et les différences de salaires. Les femmes gagnent en moyenne 23% de moins que les hommes. "A poste, temps de travail, formation et secteur d'emploi comparables, l'écart de salaire inexpliqué demeure encore de 8 à 10%", note Alban Jacquemart, sociologue et politiste à l'université Paris-Dauphine. Malgré toutes ces difficultés, l'historienne Michelle Perrot tempère la situation générale sur les droits des femmes : "A regarder les XXe et XXIe siècles en France, on se situe quand même dans une courbe ascendante."

Et ce mouvement se poursuit avec l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes via la loi de bioéthique de 2020. Cette thématique fait l'objet de la rubrique Face à Face dans laquelle Irène Théry, sociologue, et Pierre Le Coz, philosophe, débattent des enjeux en matière de filiation ou de transformation de la structure familiale. "Depuis la loi de 2013 sur la mariage pour tous, un enfant peut avoir deux parents de même sexe. Pourquoi pas grâce au don ?", lance Irène Théry. De son côté, Pierre Le Coz estime que "dans la chasse aux discriminations, les couples d'hommes vont se sentir ostracisés, car ils seront les seuls à ne pas avoir le droit de se donner une descendance". Des débats enflammés en perspective !

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Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)