Inquiétante inversion de médicaments

Acte de malveillance, problème de formation du personnel ou mauvais nettoyage de la chaîne de fabrication : telles sont, pour l'instant, les pistes étudiées par l'Agence nationale sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) pour expliquer "pourquoi et surtout comment des médicaments ont pu se retrouver dans des boîtes qui n'étaient pas les leurs".

Les trois pharmaciens de l'ANSM qui doivent se rendre aujourd'hui dans l'usine de conditionnement du laboratoire Teva, à Sens (Yonne), chercheront donc à déterminer s'il y a lieu de donner ou non une suite pénale à cette inversion constatée sur deux lots de furosémide (diurétique), qui contenaient en fait du zopiclone (somnifère), poursuit Le Figaro (page 10).

L'affaire, rappelle le quotidien, a débuté vendredi en début d'après-midi avec la plainte d'une femme âgée souffrant d'hypertension auprès de son pharmacien d'Ille-et-Vilaine : traitée avec la furosémide 40 mg des laboratoires de génériques Teva, elle a constaté d'inhabituelles somnolences depuis quelque temps. Après observation du produit, son pharmacien s'aperçoit alors que "dans la boîte estampillée furosémide de Teva, il y a un comprimé de zopiclone, alors que les blisters correspondent bien à de la furosémide".

L'alerte est alors immédiatement donnée et les lots Y 175 et Y 176 sont retirés du marché, soit environ 95.000 boîtes pour chacun. Le lendemain soir, à Marseille ((Bouches-du-Rhône), un homme de 91 ans succombe, alors qu'il est traité avec le même diurétique de Teva depuis une dizaine de jours. Or, on retrouve une boîte entamée à son domicile provenant d'un des lots mal conditionnés, indiquent Les Echos (page 17).

L'enquête cherchera à connaître si l'origine du décès est liée à la prise du médicament, poursuit Le Parisien/Aujourd'hui (page 9) : est-il simplement dû à la non-prise du traitement diurétique, ou bien le somni­fère a-t-il accentué les dépressions respiratoires ? Pour l'instant, rapporte L'Humanité (page 11), aucun élément ne permet d'établir un lien de cause à effet, a déclaré hier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, tout en soulignant que la "chaîne d'alerte mise en place [avait] bien fonctionné".

Il est vrai, constate à son tour Le Figaro, que le laboratoire Teva a vite réagi, avec "bon sens" et "compassion", certainement pour ne "pas voir poindre le spectre de la gestion controversée du dossier Mediator® par Servier". Cependant, re­marque le quotidien, "l'affaire tombe mal en pleine crise de confiance des Français à l'égard des médicaments et des génériques en particulier".

 

Retraite : en piste pour la réforme

Inspirée des pistes fournies par le rapport Moreau, qui doit être remis au gouvernement vendredi, la réforme des retraites est sur le point d'être lancée. Et a priori, notait hier Le Journal du dimanche (pages 2 et 3), le document préparé par l'ancienne présidente du Conseil d'orientation des retraites "contient quelques grenades".

Il faut dire que l'enjeu est de taille, puisqu'il faut "trouver 20 milliards d'euros pour financer, d'ici à 2020, notre système de répartition". Pour cela, on sait déjà que le gouvernement a écarté l'idée de toucher à l'âge de départ. En revanche, figurent dans ce rapport l'allongement de la durée des cotisations, leur hausse ou encore la désindexation des pensions. Parmi les autres pistes possibles, certaines fuites récentes évoquent "un rapprochement public-privé", indique Le Parisien/Aujourd'hui (pages 2 et 3), soit "le tabou d'entre tous les tabous".

L'idée d'une remise en cause de la retraite des fonctionnaires au nom de plus de "justesse" passerait par une redéfinition du calcul de leur pension, par exemple en la calculant sur leurs salaires des dix dernières années et non plus des six derniers mois. Selon un sondage, 75 % des Français y seraient favorables, surtout, et ce n'est pas une surprise, les salariés du secteur privé. Pourtant, notent Les Echos (pages 4 à 6), à niveau de revenu équivalent, la différence de mode de calcul entre public et privé produit un écart qui "n'est pas aussi grand qu'on le pense".

Au sein du gouvernement, toutefois, "on met plutôt l'accent sur la correction d'autres inégalités, comme les écarts entre hommes et femmes, et, surtout, la pénibilité de certaines carrières pour la retraite".

 

Clauses de désignation : le dessous des cartes

Les Echos (page 15) consacrent ce matin une pleine page à une enquête sur les clauses de désignation qui pourraient se multiplier dans les mois à venir dans les branches professionnelles. Ce dispositif, rappelle-t-on, permet aux partenaires sociaux de choisir un opérateur unique pour la gestion d'un contrat collectif obligatoire. Or la loi sur la sécurisation de l'emploi, adoptée au Parlement mi-mai, permet de recourir à ce mécanisme pour généraliser la complémentaire santé dans les entreprises.

Sous la plume de Massimo Prandi, le quotidien radioscopie cette "troublante confusion des genres" qui permet aux organisations syndicales et patronales d'être à la fois décisionnaires dans la désignation de l'opérateur et gestionnaires potentiels via les institutions paritaires de prévoyance. Est notamment cité le cas bien connu de la mise en place, en 2007, d'un accord dans la boulangerie artisanale dont le syndicat professionnel est présidé par Jean-Pierre Crouzet, l'actuel président de l'UPA (artisans).

Pour Les Echos, une remise en cause des clauses de désignation – toujours possible puisque la loi est encore en cours d'examen au Conseil constitutionnel – plongerait les institutions de prévoyance dans "une crise grave" en mettant le doigt sur une "fragilité structurelle", liée à la part prépondérante des contrats collectifs dans leur activité.

Enfin, avancent prudemment Les Echos, les clauses de désignation renvoient aussi à la question du financement des organisations salariales et patronales, qui bénéficie­raient des soutiens des institutions de prévoyance via des achats de pages de publicité dans les journaux syndicaux ou le financement de formations et autres colloques…

Frédéric Lavignette et Pascal Lelièvre

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)