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Horaires décalés, santé en danger

Le dernier numéro de la revue "Santé et Travail" consacre son dossier central au développement du travail en horaires décalés. Le travail de nuit, à temps partiel ou à horaires "coupés" - tôt le matin et tard le soir - a de lourdes conséquences sur la santé des salariés. Ces rythmes "à contretemps" sont à l'origine de troubles de l’humeur, de difficultés d’endormissement, d'affections cardiaques et digestives, voire de cancers.

Au moment où les Français sont invités à "travailler plus", la revue trimestrielle "Santé et Travail", éditée par une union de groupe mutualiste, met en lumière, dans sa dernière livraison, les risques pour la santé des horaires décalés.

Le travail dit "à horaire décalé", ou atypique, s’applique aux postes de nuit, aux 3X8 et aux horaires "coupés" avec des tâches à effectuer tôt le matin et tard le soir, souvent sans la possibilité de rentrer chez soi en raison de l’éloignement du domicile. Il concerne aussi le travail le samedi ou le dimanche. Ces rythmes sont courants dans de très nombreux secteurs, comme l’hôpital, l’industrie, le nettoyage ou les hypermarchés. Et force est de constater que ces situations se sont accrues ces dernières années, parallèlement à la diminution de la durée annuelle du temps de travail.

Or, ses effets délétères pour la santé sont connus de longue date. En effet, ces rythmes "à contretemps" provoquent des troubles de l’humeur et des difficultés d’endormissement. Ces effets se font sentir en moyenne au bout d’une durée de cinq ans. A terme, ils provoquent un vieillissement prématuré et diminuent l’espérance de vie.

Pour le travail de nuit, les conséquences peuvent s’avérer plus lourdes : troubles cardiaques et digestifs, et même risques de cancer, selon une étude récente du Centre international de recherche sur le cancer (Circ). A noter également que d’autres inconvénients sont liés aux horaires décalés. Par exemple, le fait de ne pas avoir le même rythme que ses proches porte atteinte à la qualité de la vie familiale. La vie sociale est également réduite et l’organisation personnelle relève souvent du casse-tête.

Laisser des marges de manoeuvre

Afin de prévenir les conséquences de ces horaires sur la santé, il conviendrait de les fixer en fonction de l’activité. Autrefois, les salariés disposaient d’une plus grande marge de manoeuvre pour organiser leur tâche. Ils effectuaient donc leur travaux à un moment où leurs capacités étaient maximales. C’est moins le cas aujourd’hui.

Comme le souligne dans "Santé et Travail" Sophie Prunier-Poulmaire, ergonome et maître de conférence à l’université Paris X Nanterre, "il convient de laisser aux salariés des marges de manoeuvre vis-à-vis de l’enchaînement des tâches, de leur déroulement chronologique, selon les capacités dont ils disposent aux différentes périodes de la journée ou de la nuit". Cette souplesse permettrait de "faire face plus facilement aux demandes et contraintes de travail", ajoute-t-elle. Cette universitaire rappelle que "tout salarié connaît une baisse de vigilance qui suit, à quelque chose près, la courbe de la température corporelle et se retrouve donc à son plus bas niveau entre 3 heures et 5 heures du matin".

Milène Leroy

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)