Hôpital : le personnel insulté et agressé

Médecins et infirmières subissent une agression, verbale ou physique, toutes les trente minutes. C'est le constat dressé par le l'Observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS), dans son dernier rapport.

Un interne du CHU de Strasbourg raconte la prise en charge difficile d'un patient blessé par balle. Ses agresseurs lancent à l'interne : "On va revenir à plusieurs et on va tout casser." Autre incident : une patiente, assise devant une infirmière lui faisant un prélèvement sanguin, qui arrache l'aiguille et tente de lui planter dans le visage. Troisième exemple, parmi tant d'autres : le 13 septembre dernier, un médecin de Saint-Denis a eu les mains brisées par le frère d'un de ses patients.

Ces cas de violence sont recensés dans le dernier rapport de l'Observatoire national des violences en milieu de soins (ONVS), rapporte le site du Figaro.

Pour faire face à cette situation, certains professionnels, comme Christophe Prudhomme, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) et urgentiste au Samu de Bobigny, exigent des formations spécifiques. "Il faut former le personnel hospitalier à la gestion de la violence, lui apprendre la médiation, la contention physique, que ce soit pour des patients agressifs ou des malades psychiatriques. (…) Mais ce sont des formations qui coûtent cher…", explique-t-il dans Le Figaro.

Ainsi, l'hôpital n'est plus un sanctuaire. "On ne peut donc pas dire qu'il y a plus de violences, mais que leur origine ou leur forme a changé", constate l'ONVS. "Ce qui augmente cependant, c'est l'aggravation du sentiment d'insécurité ressenti par les personnels de santé. La tolérance face à des violences dont les causes sont parfois mal identifiées ou à des violences gratuites est devenue très faible."

Le rapport recense les principaux motifs de violence. Les reproches concernant la prise en charge arrivent en tête (plus de 58% des motifs de violence), suivis de l'alcoolisation (12%) et du temps d'attente jugé excessif par les patients (11,6%). Dans la répartition des signalements d'atteinte aux personnes, les injures, insultes et provocations représentent 36,7% des cas. L'ONVS note qu'aux urgences, "les agressions verbales sont quotidiennes et les agressions physiques nombreuses".

Les auteurs du rapport ont calculé que "18.143 victimes déclarées représentent un personnel hospitalier victime toutes les trente minutes". Un interne strasbourgeois témoigne : "Il arrive d'avoir à appeler les agents de sécurité, on a déjà dû ceinturer un patient, un autre mécontent avait mis le feu à son brancard. Malheureusement, cette violence remet en question le principe même de l'hospitalité."  Comment remédier à cette situation ? Le personnel est partagé. Certains soignants préconisent la présence de vigiles 24 heures sur 24 aux urgences ou des policiers armés à l'entrée des hôpitaux. D'autres réclament de pouvoir mieux isoler physiquement les salles d'attente et de soins, ou de développer le recours aux agents de médiation.

Le centre hospitalier intercommunal de Créteil (Chic) a décidé d'organiser des formations pour son personnel, dispensées par un ancien du GIGN. Au programme : des conseils pour désamorcer l'agressivité et la violence. En guise de conclusion, un vieux routier des urgences explique sa méthode pratique pour se protéger : "Il ne faut jamais tourner le dos au patient, être toujours assez loin de lui pour ne pas pouvoir être agrippé et rester le plus proche possible de la porte."

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John Sutton

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