Hommes et femmes inégaux face aux kilos

L’obésité progresse de manière alarmante en France, alors que les canons de beauté actuels sont, plus que jamais, ceux de la minceur. En trois ans, le surpoids est passé de 9 à 12% de la population, avec des taux plus élevés chez les femmes que chez les hommes. Pourquoi cet écart ?

Paradoxe : les Françaises sont globalement plus minces et plus attentives à leur ligne que leurs concitoyens masculins mais elles sont aussi plus sujettes au surpoids. Ainsi, la proportion d'obésités massives est deux fois plus importante chez les femmes que chez les hommes (0,5% contre 0,2%). "Pour des raisons à la fois génétiques, comportementales et sociales, hommes et femmes sont inégaux devant l'assiette", résume la Dre Brigitte Rochereau, présidente de la Société médicale de nutrition d'Ile-de-France.

Ces inégalités sont très prégnantes dans la culture occidentale. Ainsi, dès l'enfance, les filles ont tendance à imiter leurs mères en mangeant peu aux repas, quitte à grignoter pour calmer leurs fringales. Ce comportement restrictif provoque une perte des sensations de faim et de satiété, et pousse à des prises alimentaires irrégulières. A l'inverse, les garçons sont éduqués à bien manger aux repas "pour devenir grands et forts". Ils ont moins tendance à grignoter et, culturellement, montrent moins d'attrait pour les restrictions volontaires.

A cela s'ajoute la pression de l'image : aujourd'hui, les canons de la beauté glorifient la minceur. Or, le mode de vie actuel pousse à la surconsommation et à la sédentarité. "On se trouve donc face à un message schizophrénique, qui embrouille et culpabilise les femmes : consommez mais restez mince !", souligne la Dre Rochereau. Celles-ci ont donc davantage tendance à se mettre au régime, essentiellement pour des raisons esthétiques et sociales. En revanche, les hommes ne s'y soumettent que si leur surpoids menace leur santé, même si la tendance à la minceur commence également à les toucher.

Des différences génétiques

Si le comportement joue un rôle prépondérant, les différences de poids entre hommes et femmes sont aussi d'ordre génétique et hormonal. A l'adolescence, les garçons acquièrent d'un coup beaucoup de masse musculaire, qui leur permet de dépenser plus aisément ce qu'ils mangent. Leur métabolisme de base est élevé, car leurs muscles dépensent de l'énergie, même au repos.
A l'inverse, les filles grandissent moins et prennent plus de masse grasse. Leur corps, génétiquement programmé pour la survie de l'espèce, a tendance à stocker davantage les graisses qu'à les utiliser. Leur tissu adipeux est donc moins sensible aux régimes et leur métabolisme de base plus bas. En revanche, passé 45 ans, le métabolisme masculin diminue. Les hommes ont alors une tendance à l'obésité qui dépasse celle des femmes au même âge.

De plus, la masse grasse ne se distribue pas de la même manière entre hommes et femmes. Dans l'embonpoint féminin, dit "gynoïde", la graisse superflue se fixe en périphérie du bassin, des fesses et des cuisses. Elle peut être responsable de complications d'ordre mécanique : troubles ostéo-articulaires au niveau du bassin, de l'articulation de la hanche ou des genoux. L'embonpoint masculin, dit "androïde", est concentré autour de la ceinture abdominale. Il est plus risqué pour la santé : la graisse, plus profondément enfouie, peut pénétrer dans certains organes et provoquer des pathologies cardio-vasculaires ou un diabète de type 2.

Se surveiller sans s'affamer

Ces inégalités se retrouvent sur la balance. Une fois qu'ils sont décidés à maigrir, les hommes y parviennent plus aisément. Les femmes sont en effet plus souvent à la diète : elles soumettent ainsi leur corps à un "yo-yo pondéral". A la longue, les régimes sont responsables d'un surplus involontaire de stockage graisseux qui fait grimper le poids d'équilibre et rend les kilos acquis toujours plus difficiles à perdre. "On finit par se trouver dans une situation où être au régime fait grossir !", martèle le Dr Gérard Apfeldorfer, cofondateur du Groupement de réflexion sur l'obésité et le surpoids (Gros).

Aussi, "plutôt que de vouloir maigrir à tout prix, le mieux est d'éviter de prendre ces kilos qu'il est si difficile de perdre", explique la Dre Rochereau. Il s'agit de réapprendre à manger à sa faim et à "dédiaboliser" la nourriture, "concept difficile à accepter pour les femmes, qui n'ont connu que des conduites restrictives", souligne le Dr Apfeldorfer.

Les médecins insistent enfin sur l'importance de l'activité physique, "un allié de choix pour développer ou maintenir la masse musculaire, et limiter les kilos superflus". Les 30 minutes quotidiennes d'exercice prônées par les pouvoirs publics se traduisent par "au moins 10.000 pas par jour ou l'équivalent", précise la Dre Rochereau. L'achat d'un podomètre peut aider à surveiller son niveau d'activité. Bien entendu, mieux vaut choisir une activité que vous prendrez du plaisir à pratiquer...

Témoignages

Peggy, 31 ans, a pris 20 kilos à force de régimes

"J'avais 17 ans quand j'ai suivi mon premier régime. A l'époque, je pesais 55 kilos pour 1m55. J'ai perdu 10 kilos en quelques mois... mais j'en ai repris 15 ! Et la spirale infernale a commencé. J'ai tout essayé, y compris le suivi par une diététicienne, et j'ai repris toujours plus de poids à chaque fois. C'est ainsi que je suis arrivée à 75 kilos ! Il y a trois ans, lors d'une cure d'amaigrissement, j'ai rencontré de "vrais" obèses dont le parcours, fait de restrictions alimentaires, ressemblait au mien. Cela m'a ouvert les yeux : j'ai décidé de ne plus m'abrutir de régimes et de m'assumer telle que je suis : ronde mais harmonieuse. Depuis, je n'ai rien perdu... mais je n'ai pas pris un gramme !"

David, 44 ans, a perdu 20 kilos en deux ans

"Un week-end de vacances, j'ai disputé quelques ballons de foot à mon fils : en moins de dix minutes, j'avais trempé mon T-shirt et je soufflais comme un phoque ! C'est là que j'ai enfin accepté d'ouvrir les yeux sur mon surpoids : loin d'avoir "un mignon bidon tout rond", j'avais pris près de 20 kilos en quinze ans, au rythme trépidant de ma vie professionnelle. Accepter, c'était le premier pas : j'ai aussitôt résolu de perdre ma "bouée" et de retrouver une bonne condition physique. J'ai pris rendez-vous chez un nutritionniste pour retrouver des habitudes saines et j'ai repris le sport. Deux ans plus tard, je suis revenu au poids - et aux pantalons - de mes 30 ans : je me sens en pleine forme !"

Alexandra Capuano

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)