Hoax sur le Spasfon : décryptage d’une intox sur les médicaments génériques

Une rumeur circule sur Internet via les messageries électroniques. Elle prétend que le Spasfon® générique est plus cher que le médicament de marque. Cette intox a la vie dure, malgré les démentis. Décryptage d'une attaque contre les génériques qui vise à discréditer ces médicaments aussi efficaces que les produits de marque… et moins chers.

Canular ! C'est la traduction française d'un mot anglais – hoax – colporté par Internet. Un hoax sur les médicaments génériques a déjà atterri dans des milliers de messageries électroniques. Son titre : "Spasfon versus génériques". Un prétendu patient vous écrit pour vous apporter la preuve d'un véritable scandale : les génériques coûteraient en réalité plus cher que les médicaments d'origine. Sa démonstration est la suivante.

L'émetteur du message raconte s'être présenté à la pharmacie avec une prescription de Spasfon®. A la place, l'officine lui a remis le supposé générique de cet antispasmodique. De retour chez lui, il a comparé le prix du générique avec le prix d'une ancienne boîte de Spasfon retrouvée dans sa trousse à pharmacie. Il constate alors que générique est soi-disant plus onéreux.

Confusion entre deux médicaments

Le hic : le Spasfon® n'a pas d'équivalent générique. L'auteur de ce mail a en effet confondu le Spasfon® et le Spasfon Lyoc. En cas de gastro-entérite, ce dernier est plus souvent prescrit, car il calme plus vite les spasmes. Contrairement au Spasfon® tout court, le Spasfon Lyoc peut être remplacé par un générique, vendu exactement au même prix, à savoir 2,12 euros la boîte de 10 comprimés.

L'erreur échappe pourtant à bon nombre d'internautes et l'intox se répand comme une traînée de poudre. Car à la fin du hoax en question, chacun est invité à transférer le mail à tous ses contacts.

 

"Les hoax ne meurent jamais"

Une fois lancés, les canulars de ce type sont difficiles à arrêter. En circulation depuis 2009, le hoax "Spasfon versus génériques" se présente sous la forme d'un fichier PowerPoint. Il peut réapparaître dans une version modifiée après une accalmie de quelques mois. "La constante avec les hoax, c'est qu'ils ne meurent jamais, constate Guillaume Brossard, cofondateur du site Hoaxbuster. Ils se transforment, ils se recréent et il est donc difficile de les éteindre complètement."

Le site Internet Hoaxbuster a été lancé en 2000 avec pour objectif de démêler le vrai du faux parmi ces messages en chaîne sur le Net. Les exemples de hoax ne manquent pas : le citron serait 10.000 fois plus efficace que la chimiothérapie contre le cancer, le blanc d'œuf sur une brûlure éviterait les cicatrices...

 

Manœuvre de désinformation ?

Quant à débusquer le ou les responsables, la mission est quasi impossible. "C'est très difficile de remonter la piste sauf à être destinataire du message au deuxième ou troisième niveau", renseigne Guillaume Brossard. Ce message a-t-il été lancé par un particulier ? Des opposants aux médicaments génériques se sont-ils fait passer pour un patient lambda ?

"Nous n'avons pas pu en déterminer l'origine, indique Laure Lechertier, responsable du département politique des produits de santé à la Mutualité Française. Il s'agirait plutôt d'un patient qui s'est trompé dans ses comparaisons, mais on ne sait pas vraiment dans quelle mesure cette histoire est instrumentalisée."

 

Les laboratoires bottent en touche

"C'est une manipulation orchestrée par des gens malintentionnés", estime pour sa part Gilles Bonnefond, président délégué de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (Uspo).

Les entreprises du médicament esquivent, quant à elles, le sujet. Le laboratoire Mylan, qui fabrique un des génériques du Spasfon Lyoc, n'a pas répondu à nos questions. La société Cephalon, qui commercialise le Spasfon®, a juste commenté : "Les laboratoires de marque ne sont en général pas opposés aux génériques, dès l'instant où ils répondent à des normes de qualité." Cephalon possède d'ailleurs Mepha, le numéro 1 des génériques en Suisse.

 

"Rétablir la confiance"

La Toile est en tout cas un terrain idéal pour livrer bataille aux génériques, à découvert ou anonymement, à travers les blogs, les forums, etc. Ils sont accusés d'être moins efficaces ou d'entraîner des effets secondaires. "Cela nous soucie beaucoup, car ces attaques peuvent vraiment entamer la confiance dans les génériques", déclare Catherine Bourrienne-Bautista, déléguée générale du Gemme, une association qui réunit onze professionnels du générique.

"C'est difficile de faire contre-feu", ajoute Laure Lechertier. Face au "climat actuel de défiance envers les génériques entretenu par l'industrie", la responsable du département politique des produits de santé à la Mutualité appelle les pouvoirs publics à agir. "Aujourd'hui, il est absolument nécessaire de rétablir la confiance."

Sandra Jégu