« Golden Holocaust » : la conspiration des cigarettiers

"Comment sommes-nous en­trés dans ce monde où des millions d'individus meurent d'avoir fumé, pendant que la majorité des hommes et des femmes qui sont au pouvoir ferment les yeux ?", inter­roge l'Américain Robert N. Proctor, dans son livre "Golden Holocaust", qui vient juste d'être traduit et publié en français par les éditions des Equateurs, avec le soutien de la Mutualité Française. Autre question posée par l'auteur : "Comment l'industrie du tabac a-t-elle réussi à s'attirer les bonnes grâces des gouvernements et à faire de la défense de la liberté le socle de sa rhétorique ?"

"Tous ces faits et méfaits sont en partie connus, écrit Eric Favereau dans Libération (pages 14 et 15), mais l'énorme nouveauté de ce travail, c'est que Robert N. Proctor a eu accès à des millions de données" sur la stratégie des cigarettiers. Aux Etats-Unis en 1998, un accord avait mis fin aux poursuites engagées par quarante-six Etats américains contre les fabricants de cigarettes. Cet accord comprenait un volet financier (188 milliards d'euros d'indemnisations aux fumeurs, échelonnés sur vingt ans), mais il ordonnait aussi la publication des secrets de cette industrie. Encore fallait-il s'y plonger, ce qu'a fait l'auteur, pour dénoncer "la conspiration des industriels du tabac", souligne Libération.

 

Sécu et mutuelles : les temps forts du débat de Libération

"Sécu et mutuelles, marions-les !", le premier débat consacré à la santé publique organisé jeudi dernier par Libération, a attiré "une foule attentive et sérieuse", selon le compte rendu mis en ligne sur le site Internet du quotidien (www.liberation.fr). Brigitte Dormont, économiste de la santé, a lancé le débat en décrivant "une situation qui ne s'améliore pas sur le front des remboursements" de la Sécurité sociale.

Prenant la parole à son tour, Etienne Caniard s'est, lui aussi, montré très préoccupé par "la lutte contre les inégalités". "Au lieu de s'attaquer aux conséquences, il faut regarder aussi les origines de ces dérapages", a estimé le président de la Mutualité Française.

"Alors que l'assurance maladie quitte, de plus en plus, le lien avec le monde du travail, en devenant un système beaucoup plus universel que professionnel, nous voyons que le système des complémentaires évolue en situation inverse" avec le développement des contrats collectifs en entreprise, a-t-il constaté. Il a dénoncé d'autres dysfonctionnements de notre système de santé : "On évoque un problème de prix des médicaments, mais il y a d'abord un problème de prescription", juge Etienne Caniard, qui s'inquiète fondamentalement du recul de l'accès aux soins, un phénomène qui s'accroît en France quand il diminue chez la plupart de nos voisins européens.

Le nouveau directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a enfoncé le clou et cité plusieurs exemples de restes à charge pour les patients. "Pour des interventions chirurgicales classiques, où le patient n'y est pour rien, on arrive fréquemment à plusieurs milliers d'euros, écrit liberation.fr. Et certains assurés sont obligés, même, d'emprunter pour y faire face."

 

Disparition de Marc Blondel

L'ancien numéro un de Force ouvrière (FO), Marc Blondel, est décédé dimanche soir à l'hôpital du Val-de-Grâce, à Paris, à l'âge de 75 ans. Il a dirigé le troisième syndicat français de 1989 à 2004, en lui imposant une ligne résolument offensive, en rupture avec le syndicalisme plus réformiste de son prédécesseur André Bergeron. "Une stratégie qu'il va mettre en œuvre en 1995, lors du plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale, et surtout, de la branche maladie, très longtemps chasse gardée de FO", rappelle Christophe Forcari dans Libération (page 18). Militant laïque, Marc Blondel dirigeait la Fédération nationale de la libre-pensée (FNLP), depuis 2007.

La classe politique a rendu hommage à ce militant, célèbre pour son écharpe rouge et ses cigares. "Avec Marc Blondel, disparaît un des grands acteurs du syndicalisme français, a affirmé le président de la République, François Hollande. Homme de principes et de valeurs, il croyait en la République sociale. Il laissera le souvenir d'un partenaire résolu, exigeant, parfois intransigeant, mais toujours au service de l'intérêt des salariés."

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)