Génériques : Sanofi condamné pour dénigrement

Plus de 40 millions d'euros. C'est le montant de l'amende que devra payer le laboratoire Sanofi pour avoir dénigré les produits génériques de ses concurrents. Cette sanction infligée par l'Autorité de la concurrence est une première en Europe et risque d'"être regardée de près à Washington et à Bruxelles", prévient dans Libération (page 20) le président de cette instance, Bruno Lasserre.

Il faut dire, souligne le quotidien, que "la guerre est montée d'un cran entre les génériqueurs et les laboratoires dont ils copient les molécules tombées dans le domaine public". L'affaire à l'origine de la condamnation de Sanofi concerne le Plavix®, un anticoagulant (clopidogrel) qui a représenté 16% du chiffre d'affaires du laboratoire français en 2008 et la première dépense de remboursement de l'assurance maladie, soit 625 millions d'euros. Un succès, tout au moins jusqu'à l'arrivée de ses génériques.

Menacé par des médicaments de substitution, le laboratoire s'est en effet démené pour étouffer toute concur­rence. Pour cela, "Sanofi a mis sur pied une large campagne qui a habilement distillé le doute sur les génériques du Plavix®", rapporte Le Figaro (page 24).

Par un discours "trompeur", diffusé dans la presse professionnelle ou auprès des médecins grâce à ses visiteurs médicaux, le laboratoire a fait croire que les génériques n'étaient pas des copies conformes de son Plavix®, voire qu'ils étaient inefficaces ou dangereux. L'ar­gumentaire que Sanofi délivrait aux professionnels de santé entre septembre 2009 et janvier 2010 suggérait également aux médecins d'apposer la mention "non substituable" sur leurs ordonnances, précisent Les Echos.

En Champagne-Ardenne, ajoute Le Figaro, "les commerciaux de Sanofi expliquaient même aux pharmaciens que remplacer le Plavix® par un générique (à l'exception du clopidogrel Winthrop, distribué par la propre filiale de génériques de Sanofi) était un comportement assassin".

Grâce à cette pression, amplifiée par une "méfiance spontanée des Français envers les génériques", l'opération s'est révélée très efficace pour le laboratoire, signalent Les Echos. Le Plavix® est longtemps resté le médicament de référence même après l'extinction de son brevet. Par la suite, grâce à l'entreprise de dénigrement des autres génériques, c'est le générique de Sanofi qui a pris le relais : sa part de marché en volume a dépassé les 30% alors que globalement le laboratoire ne détient que 8,5% du marché des génériques en France.

L'assurance maladie évalue à 38 millions d'euros le surcoût lié au non-recours à des génériques entre janvier 2010 et août 2011. "Elle pourrait d'ailleurs de­mander réparation, tout comme les fabricants de génériques à l'origine de la saisine de l'Autorité de la concurrence", croient savoir Les Echos.

A lire aussi dans la presse - PIP : quatre ans de prison requis

Dans le procès des prothèses mammaires défectueuses PIP, quatre ans de prison ferme ont été requis contre Jean-Claude Mas, le fondateur de la société varoise. Le procureur de la République a également réclamé 100.000 euros d'amende, indique Le Parisien/Aujour­d'hui (page 13), et une interdiction définitive d'exercer dans le secteur médical ou sanitaire.

Des peines allant de six mois à deux ans de prison ferme ont aussi été requises contre les quatre autres dirigeants de la société également accusés de "tromperie aggravée" et "escroquerie". "S'il a reconnu la fraude, Jean-Claude Mas défend toujours l'idée que ses prothèses mammaires ne sont pas nocives", souligne le quotidien. Débuté le 17 avril, précise Libération (page 13), le procès doit se poursuivre jusqu'à vendredi avec les plaidoiries de la défense.

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Frédéric Lavignette