Franchises médicales : haro sur les classes moyennes ?

Pour la première fois depuis sa création en 2004, le Comité d'alerte sur l'évolution des dépenses d'assurance maladie a déclenché la procédure d'alerte (La Tribune, page 29). Cette instance a pour mission de prévenir le Parlement, le gouvernement, et l'assurance maladie si les dépenses remboursées dépassent de plus de 0,75% l'objectif national voté chaque année. Or, cette année, le dérapage est déjà estimé "de l'ordre de 2 milliards d'euros", soit 900 millions de trop par rapport au dépassement autorisé.

En tant que directeur de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam), Frédéric Van Roekeghem doit, comme ses homologues du régime agricole et du régime des professions indépendantes, plancher sur des mesures d'économies. "Il faudra veiller à l'équilibre des efforts entre tous les acteurs : assurés, professionnels de santé, entreprises du médicament, établissements de santé, organismes complémentaires", déclare-t-il ce matin aux Echos (page 4).

Plus précisément ? Le directeur de la Cnam évoque "le renforcement des règles de remboursement liées au parcours de soins". "Il reste également des marges d'économies à mobiliser sur les génériques, les transports sanitaires, les dispositifs médicaux ou encore les indemnités journalières au titre des accidents du travail financées par l'assurance maladie", ajoute-t-il. Mais il reste convaincu qu'"il faut engager une nouvelle étape de la réforme, accélérer l'adaptation de notre système de soins".

A plus long terme, probablement à l'horizon 2008, se profilent les franchises médicales, dont l'instauration soulève toujours de vives réactions. Est-ce une bonne idée, demande ce matin Le Parisien/Aujourd'hui (page 5) à Jean-Pierre Davant. "Non ! Nous avons déjà le 1 € sur la consultation, le 18 € sur les actes lourds et même le ticket modérateur. Si toutes ces “franchises” permettaient de mieux réguler notre système de soins, cela se saurait ! 40 € par ménage, c'est beaucoup. Mais, au niveau national, ce simple ravaudage ne règle rien sur le fond", répond le président de la Mutualité française à la journaliste Odile Plichon.

"Pourquoi se focaliser sur les malades, alors que les médecins, les hôpitaux, l'industrie pharmaceutique sont tout aussi responsables des dépenses de santé ?", questionne à son tour Jean-Pierre Davant, qui souhaite "responsabiliser, oui, mais tout le monde. Et surtout les politiques, en charge de l'organisation de notre système de santé… qu'il faut réformer d'urgence".

Le risque est aussi de mettre à mal le lien de solidarité qui lie tous les assurés sociaux, quels que soient leur état de santé ou leur niveau social. Avec les franchises, "c'est à nouveau haro sur les classes moyennes ! Elles ne bénéficient déjà pas de la CMU, elles ne sont pas exonérées du 1 euro. Ce sont déjà elles qui contribuent le plus au dispositif de solidarité nationale. Et on va leur dire qu'elles seront à nouveau moins bien remboursées", s'exclame Jean-Pierre Davant. "A ce rythme, résume-t-il, c'est l'idée même de solidarité qu'on assassine."

"Il ne faut pas que la responsabilisation ne repose que sur les assurés sociaux. La responsabilisation s'exerce aussi vis-à-vis des générations futures, d'où l'urgence d'un système de santé qui respecte un équilibre entre les recettes et les dépenses", a également déclaré hier soir Daniel Lenoir, directeur général de la Mutualité française, sur Radio Bleue Ile-de-France.

Pour être tout à fait complet dans ce panorama des médias, signalons que L'Humanité (page 6) et plusieurs quotidiens régionaux reprennent ce matin les déclarations de Jean-Pierre Davant qui a notamment souligné "le risque pour la solidarité nationale" que représentent les franchises médicales. Citons notamment La Dépêche du Midi, L'Est républicain, La Nouvelle République du Centre Ouest et La Nouvelle République des Pyrénées.