Franchise : flottement

Un débat interne à l’UMP est en train de naître suite à l’interview de Xavier Bertrand, porte-parole de Nicolas Sarkozy, dans La Tribune du 29 janvier. Depuis cette date, il semblerait en effet qu’un certain doute s’installe dans ce parti au sujet de la franchise annuelle qu’envisage de mettre en place le candidat aux élections présidentielles.

Comme le relève Le Monde (page 9), le débat s’oriente sur le montant du "forfait de base à partir duquel l’assurance maladie commencerait à rembourser les dépenses de santé, sans prise en charge des mutuelles ou des assurances complémentaires". Un certain temps, Nicolas Sarkozy avait suggéré une somme de 10 euros annuels par famille, pour les consultations médicales, les médicaments, les actes biologiques et les frais hospitaliers. Ce qui élèverait l’addition à 40 euros. Or, précise Le Monde, "les experts du programme de l’UMP renvoient, eux, à d’éventuelles négociations en citant un montant maximum de 100 euros, incluant diverses exonérations".

Quel qu’en soit le montant, l’opposition s’offusque d’une telle proposition. En effet, pour le PS cette approche "injuste et inefficace" n’a d’autre fonction que de "culpabiliser les malades, une fois de plus considérés comme la variable d’ajustement".

La direction de la Sécurité sociale (DSS) serait elle-même sceptique, révèle Le Canard enchaîné (page 4). Selon l’hebdomadaire satirique, elle aurait remis à la mi-janvier une note confidentielle à ce sujet au ministre de la Santé. Selon ces experts, l’instauration d’une franchise de 100 euros pourrait rapporter 5,2 milliards d’euros à la "Sécu". Mais "les inconvénients socio-économiques d’une telle mesure paraissent, au total, l’emporter", note la DSS. Elle "pourrait fragiliser l’adhésion à l’assurance maladie obligatoire", font-ils observer…

De cette franchise, il n’est en tout cas pas question dans la longue interview donnée au Figaro (page 8) par le candidat de l’UMP. Evoquant cette fois le thème du travail, Nicolas Sarkozy "demande que nul ne puisse refuser plus de deux offres d’emploi qui correspondent à sa qualification". "Les socialistes proposent de travailler moins. Moi, je propose de gagner plus", poursuit-il. Pour ce faire, les 35 heures deviendront "un minimum, pas un maximum".

Autre annonce : les seniors, au-delà de 60 ans, pourront, s’ils le souhaitent, cumuler travail à temps partiel et retraite. Plus largement, le candidat entend poser "la question de la revalorisation des retraites" et aussi réformer les régimes spéciaux de retraite mais de façon progressive, "pour des raisons d’équité". Si le PS envisage de revenir sur la loi Fillon qui permet de garantir le paiement de ces régimes spéciaux jusqu’en 2020, lui, entend au contraire la confirmer, "en tenant compte, bien sûr, de la pénibilité". En même temps, il propose qu’un fonctionnaire sur deux partant en retraite ne soit pas remplacé.

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Le travail est dangereux pour la santé. C’est le constat révélé hier par la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). Selon La Tribune (page 27), "11.000 à 23.000 nouveaux cas de cancer sont chaque année attribuables aux expositions professionnelles, et la moitié de ces cancers sont mortels". Ces chiffres fournis par l’Institut de veille sanitaire (InVS) laissent apparaître que l’activité professionnelle est ainsi responsable chez l’homme de 85% des cancers de la plèvre, de 15% des cancers du poumon et de 10% des cancers du sang.

Selon Les Echos (page 4), l’enquête Sumer dévoile de son côté que 2,3 millions de personnes sont ainsi exposées à des situations cancérogènes, ce qui représente 13,5% des salariés. Dans le détail, 70% des ouvriers en sont les victimes, tandis que le seuil des professions intermédiaires de l’industrie et de la santé s’élève à 20%.

En 2005, il apparaît que seulement 2.059 cas de cancers ont été reconnus par la branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP) de l’assurance maladie. L’Humanité (page 8) en conclut que "tant sur le plan de la reconnaissance professionnelle de la maladie qu’au niveau de la prévention sur les lieux de travail, les entreprises profitent encore largement du déni du risque".