Franchise : débat contradictoire

C'est cet après-midi que doit se réunir le conseil de la Caisse nationale d'assurance maladie pour débattre des mesures de redressement destinées à freiner le dérapage des dépenses de la "Sécu". Ce dépassement, évalué à 2 milliards d'euros par le comité d'alerte la semaine dernière, doit "revenir en deçà du seuil d'alerte", rappelle Le Figaro (page 21). Pour cela, "il faut trouver quelque 900 millions d'économies". La baisse des tarifs de certains médicaments, de certains actes de radiologie ou bien encore l'accroissement des pénalités financières pour les consultations hors parcours de soins coordonnés font partie des divers projets à l'étude.

Pour le directeur de la Cnam, Frédéric Van Roekeghem, que citent Les Echos (page 4), ce plan devra veiller à respecter un équilibre "des efforts entre tous les acteurs : assurés, professionnels de santé, entreprises du médicament, établissements de santé, organismes complémentaires". D'ores et déjà, certaines méfiances se sont déjà manifestées, notamment de la part des partenaires sociaux. Ainsi, FO espère que "la recherche des causes du dépassement de l'objectif ne conduira pas à désigner les assurés sociaux comme responsable et à les culpabiliser par la mise en œuvre de mesures coercitives". Allusion est ainsi faite au projet d'instaurer quatre franchises médicales. Un dispositif d'ailleurs fortement critiqué par la CFDT, comme par la Mutualité française, rappelle-t-on. Pour la CFDT, poursuivent Les Echos, "ce serait d'autant plus mal venu que le tarif de la consultation des généralistes va augmenter au 1er juillet".

Pour ou contre la franchise ? La Tribune (page 40) organise le débat. Ainsi, Claude Le Pen, professeur d'économie à l'université Paris Dauphine, estime qu'une telle disposition présente "bien des avantages "par rapport au ticket modérateur. "Primo, elle est moins lourde à supporter pour les malades les plus gravement atteints, par définition, gros consommateurs de soins. Secundo, elle peut permettre une modulation des remboursements en fonction des revenus et des situations sociales", explique-t-il.

A l'opposé, Jean de Kervasdoué, économiste de la santé, juge qu'une telle réforme "se traduira uniquement par un transfert des dépenses du régime général vers les régimes complémentaires". Autre argument : "Plus les gens payent directement, moins l'Etat est attentif au montant des honoraires, ils sont donc de plus en plus “libéralisés” et ainsi se construit l'inflation ."Dans une tribune libre publiée dans Le Monde (page 22), cet expert rappelle que "52% des dépenses médicales sont engagées par 5% des Français qui sont vraiment malades. Sont-ils “responsables"de leur âge, de leur cancer ou de leur diabète ?"

A lire aussi – Infections nosocomiales sous surveillance


Le forum international sur les infections nosocomiales vient de se tenir à Annecy. Il a permis de dresser un état des lieux sur ces contaminations hospitalières. Chaque année, en France, entre 5% à 12% des personnes hospitalisées sont contaminées, ce qui provoque près de 4.200 décès, indique Le Figaro (page 11). Toutefois, la situation est en voir d'amélioration, explique le Pr Jérôme Etienne du Centre national de référence des staphylocoques de Lyon : "On est en train de gagner la bataille des chiffres avec moins de 30% des souches microbiennes isolées résistantes à toutes les pénicillines."

Mais, s'inquiète-t-il, "nous voyons émerger depuis plusieurs années des souches multirésistantes de staphylocoques chez des jeunes en bonne santé, et qui ne sont pas en contact avec les établissements". Pour l'heure, explique ce médecin, "la France n'a une prévalence que de 1 à 3% de ces souches, mais il faut rester vigilant". En particulier vis-à-vis des sportifs, militaires, enfants en crèche, prisonniers, SDF ou bien encore toxicomanes. Ils sont en effet des cibles de choix pour "ces microbes qui résistent à la méticilline et donc à toutes les pénicillines".