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Frais de gestion des complémentaires : le plaidoyer d’un économiste de la santé

Pour Claude Le Pen, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, la comparaison des coûts de gestion entre les complémentaires et l'assurance maladie "est bien plus complexe que ne le suggère une lecture hâtive des chiffres".

La critique est récurrente et certains experts ou candidats à l'élection présidentielle l'ont utilisée : les complémentaires ont des frais de gestion trop importants en comparaison de ceux de l'assurance maladie. Dès lors, concluent-ils, l'intégration du régime complémentaire dans le régime obligatoire permettrait de faire des économies.

Dans une tribune publiée dans Les Echos, Claude Le Pen, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine démonte ce raisonnement. Que disent les Comptes de la santé ? Coût de gestion de la Sécu en 2015 : 7,5 milliards d'euros pour 150 milliards de prestations. Coût de gestion pour les complémentaires : 7 milliards pour 26 milliards de prestations. 5% d'un côté et 26% de l'autre. La cause est-elle entendue par ce calcul arithmétique ?

"Non, pour une raison simple : la comparaison des deux pourcentages n'a pas de sens", répond l'économiste de la santé. Claude Le Pen rappelle que le coût d'un dossier de remboursement ne varie pas selon le montant remboursé. Ainsi, une prestation à 100 euros ne coûte pas moins cher à liquider qu'une prestation à 1.000 euros, "de sorte que les ratios des coûts de gestion sont inversement proportionnels au montant des prestations". La Sécu prenant en charge 77% des dépenses de santé et les complémentaires 13%, "il est assez logique que le ratio de ces dernières soit supérieur".

En revanche, le coût de gestion varie selon le type de prestation. Les prestations nécessitant des devis ou des ententes préalables sont plus complexes à gérer. "C'est souvent le cas des soins dentaires, de l'optique, des audioprothèses ou des dépassements d'honoraires, dont les complémentaires santé assurent la plus grosse part des dépenses", rappelle Claude Le Pen, dans le quotidien économique.

De plus, ajoute-t-il, "alors que par définition, chaque complémentaire, mutualiste, paritaire ou assureur, doit gérer ses recettes, la Sécurité sociale bénéficie de la collecte "gratuite" de 24 milliards d'euros d'impôts et de taxes affectées, dont la liste n'a pas cessé d'augmenter ces dernières années". La Sécu perçoit ainsi 4,5 milliards d'euros, une manne issue des contrats des complémentaires !

Enfin, et contrairement aux organismes complémentaire, "la branche maladie ne supporte pas les effets de la dette qu'elle génère !", relève Claude Le Pen. La Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades) a ainsi versé 2,8 milliards d'euros d'intérêts à ses créanciers en 2015, "qu'il n'est pas abusif de considérer comme coûts de gestion".

Au regard de l'ensemble de ces arguments, " la comparaison des coûts de gestion est donc bien plus complexe que ne le suggère une lecture hâtive des chiffres", conclut-il. Et "l'étatisation des complémentaires, sous une forme ou sous une autre, n'améliorerait en rien le solde de la branche maladie".

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John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)