croix

Veuillez effectuer une recherche.

Veuillez effectuer une recherche.

Forum Santé et Avenir : « Faire confiance aux acteurs »

Thierry Beaudet, président de la Mutualité Française, lors du Forum Santé et Avenir du 8 février, avec à sa droite Féreuze Aziza, chargée de mission à France Assos Santé, Nicolas Revel, directeur général de la Cnam, et le Dr Philippe Arramon-Tucoo, président de l'URPS des médecins libéraux de Nouvelle-Aquitaine.

Dans le cadre du Forum Santé et Avenir organisé par "Sud-Ouest", avec le soutien de la Mutualité Française Nouvelle-Aquitaine, le président de la Mutualité Française a participé le 8 février 2019 à un débat sur le financement du système de santé, en proie aux évolutions telles que l'exercice regroupé de la médecine. Thierry Beaudet a rappelé qu'il faut "faire confiance aux acteurs dans les territoires".

Comment assurer un financement pérenne et solidaire de la transformation du système de santé ? Ce questionnement a fait l'objet de discussions animées le 8 février 2019 lors du Forum Santé et Avenir qui s'est tenu à Bordeaux. L'enjeu : imaginer la santé de demain, au regard des évolutions attendues à l'horizon de 2030 : vieillissement de la population, hausse des affections de longue durée (ALD) et contraintes financières du système de protection sociale.

Organisée par le quotidien "Sud-Ouest", avec le soutien de la Mutualité Française Nouvelle-Aquitaine, la seconde édition du Forum Santé et Avenir, qui avait démarré le 7 février, a permis de consacrer deux jours de débats aux innovations et aux mutations de la santé dans les territoires. Particularité de la table ronde sur la soutenabilité financière du système de santé : elle a réuni l'ensemble des acteurs, à savoir les médecins, les représentants de l'assurance maladie et des mutuelles, ainsi que les représentants des usagers.

"Nécessité de travailler ensemble"

"Nous avons enfin compris la nécessité de travailler ensemble en équipe. Le médecin est un être individualiste et cela a été longtemps compliqué", a témoigné le Dr Philippe Arramon-Tucoo, président de l'union régionale de professionnels de santé (URPS) des médecins libéraux de Nouvelle-Aquitaine. "Il est nécessaire de se réorganiser dans les territoires, de réorganiser le métier et les équipes, faire de la coordination", a-t-il indiqué.

Pour le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, cette volonté d'évolution partagée par tous ne doit pas s'accompagner d'une sur-administration. Il faut "agir local" et "penser global". "L'Etat doit porter la vision de long terme, en définissant la stratégie et en donnant un cadre. Pour la mise en œuvre, il faut faire confiance aux acteurs dans les territoires", a expliqué Thierry Beaudet, qu'il s'agisse des collectivités territoriales, des gestionnaires d'hôpitaux, des professionnels de santé ou encore des financeurs.

Sur le terrain, de nouvelles organisations en co-construction se multiplient, à l'instar de la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) de Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne) pour laquelle la Mutualité a participé à l'élaboration du projet, à la demande des médecins libéraux qui souhaitaient se regrouper.

Autre exemple évoqué lors de cette conférence : la maison de santé de Niort (Deux-Sèvres), appelée maison de santé du 110, où sont regroupés plusieurs professionnels de santé de premier recours. "Dans les deux cas, les organisations sont différentes, mais elles vont fonctionner car elles partent d'une dynamique territoriale répondant aux besoins", note Thierry Beaudet.

Accompagner "sans dicter"

"Il y a une attente réelle des professionnels de santé pour la co-construction. Nous avons reçu 400 projets en un an en lien avec l'article 51 sur les organisations innovantes", rapporte Nicolas Revel, directeur général de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam). Ce dernier se déclare convaincu que des mesures décidées unilatéralement au niveau national ne peuvent pas fonctionner. Il importe donc d'accompagner "mais sans dicter", estime Nicolas Revel. "Vous devez au moins vous engager sur des objectifs", propose-t-il aux médecins.

En effet, ces nouveaux modes d'exercice vont de pair avec des financements dédiés, ce qui implique de faire des choix, avec peut-être "un peu moins de moyens sur la revalorisation des actes, ce qui est une demande courante des professionnels de santé", poursuit Nicolas Revel. "Nous sommes globalement d'accord sur les constats, d'accord en partie sur les solutions mais moins d'accord sur les modalités de mise en œuvre de ces solutions", estime le Dr Philippe Arramon-Tucoo.

"Recul de la solidarité"

Pour le président de la Mutualité Française, les mutuelles pourront être plus utiles au système de santé, dès lors qu'elles ne seront plus "enfermées dans un rôle de solvabilisation de la dépense". A ce titre, il a rappelé que la part occupée par les complémentaires santé dans le financement du système de santé, soit environ 13%, n'est pas une part réclamée mais plutôt une part transférée au fil des ans par les pouvoirs publics.

Entre 2006 et 2017, les dépenses de santé en euros ont augmenté de 30%, soit plus de deux fois l'inflation. "Sur cette période, 38% de ces dépenses ont été portées à la charge des complémentaires santé", détaille Thierry Beaudet. "Quand on assiste à des transferts, les mutualistes que nous sommes n'y voient pas d'abord une augmentation de notre matière assurable mais d'abord un recul de la solidarité nationale. C'est ce qui nous distingue des autres complémentaires santé !", lance Thierry Beaudet, soutenant par ailleurs que "le pilier du système est l'assurance maladie obligatoire". "Nous devons toujours nous rappeler que nous avons un formidable système de santé", renchérit-il.

Dix voies d'accès à la complémentaire santé

Un avis partagé par Féreuze Aziza, chargée de mission à France Assos Santé : "Notre association est extrêmement attachée au financement solidaire de la santé, avec comme enjeu l'accès aux soins pour tous." Cette représentante des usagers a également évoqué la fiscalité qui touche les complémentaires santé, ainsi que le montant des cotisations auxquelles sont confrontées les personnes âgées.

A ce titre, Thierry Beaudet a regretté la segmentation du marché, à la suite de la mise en œuvre de l'Accord national interprofessionnel (Ani) : "Il y a désormais dix voies d'accès à la complémentaire santé !" Ce dispositif, qui a rendu obligatoire la complémentaire santé en entreprise au 1er janvier 2016, exclut certains jeunes, les demandeurs d'emplois, les retraités et donc les personnes âgées qui ont le plus besoin d'une mutuelle en raison de leur état de santé. "Il faut en finir avec la segmentation des contrats !", appelle de ses vœux Thierry Beaudet. "L'Ani a effectivement accentué la segmentation. C'est un sujet auquel nous devons réfléchir", admet Nicolas Revel.

D'ores et déjà, les participants s'accordent à dire qu'il est crucial de sortir des logiques financières de court terme, comme par exemple les mesures issues des lois annuelles de financement de la Sécurité sociale. Les nouvelles organisations et les mutations du système de santé devront tendre vers une valorisation de la qualité et des bonnes pratiques, dans le cadre d'une vision à moyen ou long terme. L'objectif est de faire en sorte que "chaque euro soit utilement dépensé", insiste Thierry Beaudet. "Il n'est de progrès véritable progrès en santé que s'il peut être partagé par tous !"

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)