Fin de vie : 80% des Français n’ont pas accès aux soins palliatifs

Dans un rapport de 71 pages rendu public hier, et après deux ans de travaux, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) dresse un état des lieux de la question de la fin de la vie en France, et établit une synthèse de plusieurs années de débat sur le sujet.

Comme l'écrit La Croix (page 8), le CCNE fait cet "accablant" constat que 80% des Français n'ont pas accès à un droit "théoriquement garanti depuis quinze ans par la loi, mais qui n'est pas mis en pratique" : "Celui d'être pris en charge en soins palliatifs." En effet, selon la loi de 1999, toute personne malade dont l'état le requiert a le droit d'accéder à des soins palliatifs visant à soulager sa douleur, à apaiser sa souffrance psychique, comme à sauvegarder sa dignité.

Dans les faits, remarque le président du CCNE, Jean-Claude Ameisen, il en est tout autrement car la fin de vie est plutôt synonyme d'"abandon". Selon lui, notre système de soins est incapable de "construire des parcours de soins continus et anticipés, entre une prise en charge curative (qui espère soigner) et palliative (qui soulage)". Les manques de moyens, de formation du personnel et d'information des citoyens en sont les principaux responsables, rapporte le quotidien.

Pour ne citer qu'un exemple, comme le rapporte Le Figaro (page 9), l'accompagnement des personnes âgées est particulièrement "défectueux", tant et si bien que 13.000 personnes de plus de 75 ans décèdent chaque année aux urgences. Les soins palliatifs ne devraient donc pas être réservés aux dernières semaines de vie mais être mis en œuvre plus tôt, insistent les sages.

Au cœur du débat sur la fin de vie se posent naturellement la question de la légalisation de l'euthanasie et celle du suicide assisté. Sur l'autorisation de ces pratiques, observe le président du CCNE, nombreuses et profondes sont les divergences et les "clivages sémantiques". En effet, s'interroge La Croix, qu'est-ce qui différencie l'euthanasie du suicide assisté : "Le produit administré ? Son mode d'administration ? La présence ou non d'un médecin ?"…

"Pouvoir bénéficier d'une sédation lorsque l'on a décidé d'arrêter les traitements est une demande partagée par les Français qui souhaitent que l'on écoute et respecte leur volonté, quoiqu'ils ne soient que 2% à rédiger des directives anticipées, non contraignantes pour les médecins", souligne Le Parisien/Au­jourd'hui (page 12). Reste que l'injection d'un produit plongeant le patient dans un sommeil profond jusqu'à son décès est un procédé qui suscite aussi des craintes et soulève des interrogations. Notamment, écrit Le Figaro : "Comment ce droit à être endormi sera-t-il appliqué", et "S'agit-il d'accompagner la personne jusqu'à sa mort ou d'accélérer son décès ?".

Frédéric Lavignette

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