Etienne Caniard : « La Mutualité doit être reconnue comme un acteur majeur »

Après six ans passés à sa tête, Etienne Caniard quittera la Mutualité Française à l'issue de l'assemblée générale du 23 juin 2016. Dans un entretien à Espace social européen, il livre sa vision de notre système de santé et de la Mutualité.

Que retenez-vous de la période présente ?, interroge Espace social européen. "Je suis frappé par notre incapacité à transformer les organisations, (…). Notre système reste immuable, engoncé dans ses certitudes, constate le président de la Mutualité. On observe (…) peu de changement dans les métiers ou les coopérations professionnelles, et toujours une inorganisation de la médecine libérale. Le risque est de ne pas profiter pleinement de ses progrès à cause de ces retards."

Pour Etienne Caniard, notre système de santé ne manque pourtant pas d'atouts : "Les soins sont encore bien remboursés (…). Nous avons des professionnels de qualité et un système hospitalier développé. Les élus locaux et les collectivités territoriales, qui se sont emparés des questions de santé, peuvent être le moteur d'une approche de proximité, par territoire, indispensable pour la régulation du système de santé."

L'Etat peut-il tout ?  N'y-a-t-il pas aussi un engagement mutualiste à prendre à ce sujet ?, demande Espace social européen. "Si, bien sûr, mais il faut que la Mutualité soit reconnue comme un acteur majeur, ayant accès à l'information et pouvant jouer un rôle dans la régulation", estime son président.

"Les pouvoirs publics doivent faire confiance aux acteurs, insiste-t-il. Considérer que la gestion du risque doit être l'apanage de l'assurance maladie est une constante des politiques et un facteur de blocage. Je n'ai eu de cesse de tenter d'obtenir pour les mutuelles des espaces de liberté, comme le développement de la contractualisation avec les professionnels de santé. Nous avons eu le plus souvent en retour un surcroît de réglementation."

Interrogé sur la nécessité de repenser le rôle des différents acteurs, Etienne Caniard regrette que l'on segmente les offres de complémentaire santé, alors même qu'il faudrait "favoriser le partage des risques et la mutualisation". "Malgré cette désincitation à la solidarité, les mutuelles restent solidaires, n'en déplaise à quelques observateurs mal intentionnés".

Mais "notre système ne fait pas confiance aux acteurs. Les complémentaires sont considérées comme des accessoires du régime obligatoire, et gérées de la même façon. On oublie simplement que, contrairement à l'assurance maladie, elles ne peuvent pas être en déficit. Leurs tarifs dépendent de l'évolution des taxes et des dépenses de santé. L'Etat doit retrouver sa fonction de régulateur, et moins s'immiscer dans les métiers des acteurs".

Aujourd'hui, le développement des uns peut se faire au détriment des autres, reconnaît le président de la Mutualité. "Ce ne sera plus le cas avec le déplacement vers les services pour lesquels le choix du prestataire, le besoin de confiance seront essentiels. La Mutualité incarnera alors une solidarité choisie qui redonnera du sens à l'acte d'adhésion. Toutes les études d'opinion montrent que les mutuelles bénéficient de regards plus positifs que les autres acteurs, à elles d'organiser leurs interventions futures en profitant de cette valeur ajoutée qui complète la solidarité nationale plus qu'elle ne la fragilise."

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John Sutton

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