Etienne Caniard : « L’élection présidentielle de 2012 nous donne l’occasion de prendre l’initiative »

Etienne Caniard, président de la Mutualité Française.

Etienne Caniard a été élu président de la Mutualité Française, lors de l'assemblée générale qui s'est tenue ce 14 décembre, à Paris. Il succède à Jean-Pierre Davant, à la tête du mouvement mutualiste depuis 1992. "Notre vocation est d'inventer des réponses viables, durables et reproductibles aux questions d'accès aux soins", a lancé le nouveau président de la Mutualité Française.

Entre 2004 et 2008, "l'augmentation des restes à charge s'est traduite par 8,3 milliards d'euros, qui ont été transférés aux ménages et à leur complémentaire santé. C'est le double du rythme observé dans la précédente décennie !". Le nouveau président de la Mutualité Française, Etienne Caniard, place d’emblée le problème des inégalités d’accès aux soins au cœur de son mandat lors de son premier discours.

Ce diplômé de sciences économiques et de l’Ecole nationale des impôts a été élu à la quasi unanimité (96,3%) à la présidence de la Mutualité Française, par 937 délégués mutualistes. Ces derniers se sont réunis en assemblée générale ce 14 décembre, dans la Grande Halle de la Villette, à Paris. Le nouveau président succède ainsi à Jean-Pierre Davant qui a exercé trois mandats, de 1992 à 2010. Auparavant, Etienne Caniard a présidé pendant six ans la commission qualité et diffusion de l’information médicale au sein de la Haute Autorité de santé (HAS). Une expérience "passionnante" qui lui a permis de mieux comprendre "les points de vue des autres acteurs du monde sanitaire et social", en France comme dans les pays voisins.

Une société en crise

Après avoir chaleureusement remercié Jean-Pierre Davant d’avoir notamment unifié la Mutualité Française en un "mouvement puissant", Etienne Caniard s’est attaché à présenter les principaux enjeux à venir pour le mouvement mutualiste, dans "une société incontestablement en crise". Une crise qui se manifeste par "l’exclusion, une considérable augmentation des inégalités, le chômage…", mais également une "crise de confiance dans l’avenir". Pour Etienne Caniard, elle se traduit notamment par "un déni des difficultés auxquelles est confronté notre système de protection sociale".

Pour le nouveau président de la Mutualité Française, le problème des restes à charge, c'est-à-dire des dépenses non remboursées par l’assurance maladie, ne doit plus être ignoré. "Porter un regard lucide sur les restes à charge, explique Etienne Caniard, c’est accepter de regarder en face la réalité des dépassements d’honoraires et des revenus des professionnels de santé." Mais c’est également réfléchir "aux conséquences des choix implicites qui ont conduit à la quasi disparition des régimes obligatoires dans certains secteurs comme l’optique".

Sauvegarder le principe de solidarité

Le nouveau président de la Mutualité Française craint qu’à force de reporter les décisions difficiles, "nous nous trouvions face à des mesures radicales qui démantèleraient les mécanismes de solidarité nationale". Pour lui, "la Mutualité est un des rares acteurs qui peut faire comprendre que l’adaptation indispensable de notre système aux enjeux d’aujourd’hui n’est pas synonyme de renoncement aux valeurs". Elle doit "promouvoir un modèle" où la complémentarité avec le régime obligatoire renforce le système d’accès aux soins, "sans remettre en cause les principes de solidarité".

Autre piste de réflexion : le remboursement des soins. Etienne Caniard s’interroge sur le sens de "traiter sur un même plan l’accès à un médicament à service médical rendu faible, voire insuffisant, et la prise en charge de handicaps lourds !". De ce point de vue, son expérience au sein de la Haute Autorité de santé risque de peser dans les futures prises de position de la Mutualité Française. La Haute Autorité de santé, rappelle-t-on, organisme public et indépendant, est notamment chargée depuis la réforme de l’assurance maladie de 2004 d’évaluer l’intérêt thérapeutique des médicaments et de proposer, ou non, leur remboursement par la Sécurité sociale.

Des propositions pour 2012

Feuille de route pour le mouvement mutualiste pour les mois à venir : l'élection présidentielle de 2012. Un événement qui "nous donne l’occasion de prendre l’initiative", exhorte Etienne Caniard. "Les délais vont être courts, mais nous devrons être en mesure de proposer rapidement un schéma d’ensemble cohérent et crédible", dans lequel la Mutualité devra "assumer les conséquences des responsabilités et du rôle qu’elle voudra jouer". "Notre vocation, insiste le nouveau président de la Mutualité Française, est d’inventer des réponses viables, durables et reproductibles aux questions d’accès aux soins au sens large."

Mais ces propositions, Etienne Caniard n’entend pas les porter seul : "Une stratégie d’alliance est indispensable, si nous voulons que nos propositions soient comprises, partagées et donc soutenues par d’autres." Une alliance entre les mutuelles et des partenaires extérieurs au mouvement mutualiste comme les organisations syndicales, les associations de patients et d’usagers, les organisations patronales et professionnelles… Il faut redéfinir un cadre d’échanges réguliers et pérennes", notamment "auprès des professionnels de santé" auxquels le nouveau président tend la main. "Il est déjà difficile de mettre en œuvre une politique de réforme, prévient Etienne Caniard, il est illusoire de penser y parvenir si nous sommes seuls contre tous."

"Rien n'est plus exaltant que de bâtir et proposer des réponses concrètes dans une perspective d'intérêt collectif", conclut le nouveau président de la Mutualité Française.

Extraits du discours d'Etienne Caniard


Extraits du discours d'Etienne Caniard - AG 2010
envoyé par Mutualite

Philippe Rémond

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