Etienne Caniard à C dans l’air : « Un système à bout de souffle »

L'émission de France 5 "C dans l'air", animée par Yves Calvi, avait pour thème hier soir : "Sécu, faut-il tout revoir ?" Quatre invités sur le plateau : le président de la Mutualité Française, Etienne Caniard, Claude Rambaud, administratrice au Ciss (Collectif interassociatif sur la santé), Marc Girard, médecin spécialiste en pharmacovigilance, et François Malye, journaliste au Point.

Le débat s'est d'abord engagé sur le montant du déficit de la Sécurité so­ciale, qui devrait être ramené à 13,9 milliards d'euros en 2012, et sur le poids de cette dette sur la génération à venir. Etienne Caniard a rappelé que le déficit de la Cades, qui gère les déficits cumulés de la "Sécu", s'élève à 137 milliards d'euros. Pour lui, "le système est financièrement au bord du gouffre". "On ne peut pas augmenter les recettes sans avoir mis fin aux gaspillages. Autant essayer de combler un puits sans fonds !, a-t-il déclaré. De plus, on rend les prélèvements illégitimes parce qu'on prouve qu'ils sont inutiles."

De son côté, Marc Girard déplore la "disparition de l'innovation pharmaceutique", qui va parfois de pair avec une "médicalisation excessive" de la santé, comme dans la prise en charge de la maladie d'Alzheimer. François Malye a souligné l'absence "d'évaluation médico-économique en France". Dans le reportage qui a suivi, le Pr Grimaldi, signataire du Manifeste pour une santé égalitaire et solidaire, a dénoncé le prix élevé des médicaments et les nombreux actes chirurgicaux inutiles.

"Une grande partie des prescriptions et des actes médicaux est due à l'offre existante et non pas aux besoins réels, a expliqué le président de la Mutualité française. Arrêtons de penser qu'il est inéluctable de sortir de chez le médecin avec une ordonnance bien remplie." "En France, on a tendance à confondre santé et médicalisation, et à confondre médicalisation et médicaments", a ajouté Etienne Caniard.

Le dernier reportage était axé sur les médicaments : écarts de prix, tendance des médecins à prescrire les produits les plus chers… "Dans le domaine du médicament, nous sommes dans une logique où la rente l'emporte sur l'innovation", estime le président de la Mutualité, qui désigne la responsabilité des pouvoirs publics. La puissance publique ne remplit plus son rôle d'informateur indépendant auprès des prescripteurs et du public.
Après avoir évoqué "le problème majeur des dépassements d'honoraires", Etienne Caniard a répondu à la question d'un téléspectateur sur les limites de la solidarité : "Elle s'applique mal, la Sécurité sociale rembourse des médicaments et des actes inutiles et restreint par ailleurs l'accès aux soins."

Le président de la Mutualité a été également interrogé hier au journal de 13 heures de France 2 sur les frais de gestion "élevés" des complémentaires santé. "Avant de verser le moindre remboursement à ses adhérents, une mutuelle verse à l'Etat 13,27 euros de taxe sur 100 euros de cotisation", a-t-il répliqué. Commentaire du journaliste de France 2 : "Pourtant, les mutuelles devraient encore être un peu plus taxées, car les députés UMP souhaitent présenter un amendement dans ce sens."

Cinq ans de PLFSS : une gestion "au coup par coup"

La majorité se félicite de la réduction du déficit de la Sécurité sociale. Seul Yves Bur, député UMP et rapporteur du budget de la "Sécu", soulève la question de l'augmentation des recettes, souligne Le Monde (page 11). "Un ajustement de la CSG sera nécessaire pour assurer l'équilibre dans le cadre d'une croissance de 1 à 1,5%, comme la connaît la France", fait-il remarquer.

De son côté, l'opposition dénonce des choix électoraux, trop attentistes. "Le gouvernement repousse le problème à l'après 2012, critique Jean-Marie Le Guen, député socialiste. La priorité devrait être mise sur l'accroissement des recettes pour résoudre définitivement la part structurelle de ce déficit."

Les syndicats sont tout aussi critiques envers ce projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Force ouvrière pointe du doigt les nouveaux prélèvements, qui "vont peser directement sur le pouvoir d'achat des salariés", citant notamment la taxe sur les mutuelles (Les Echos, page 4). Du côté des associations, la Fnath (accidentés de la vie) regrette "la nouvelle ponction de 220 millions d'euros qui est envisagée sur les indemnités journalières maladie", parlant de "discrimination".

Alors que le quinquennat de Nicolas Sarkozy s'achève, La Tribune (page 3) se livre à un bilan de "cinq ans d'une gestion de la Sécurité sociale au coup par coup". "Pour avoir une vision claire d'une politique publique, rien de tel que de mettre bout à bout toutes les micro-mesures adoptées année après année, comme le fait Agnès Bocognano, directrice de la santé à la Mutualité française", écrit Valérie Segond, dans l'attaque de son article.

Au chapitre des dépenses, on a transféré une part croissante du financement : d'abord sur les patients, ensuite sur les complémentaires. Il en ressort une "Sécu" à deux vitesses, avec d'un côté des patients en affections de longue durée (ALD) de plus en plus nombreux et pris en charge à 100%, de l'autre, les petites maladies, en passe de sortir de la solidarité. "Pour ceux qui ne sont ni en ALD, ni soignés à l'hôpital, le taux de remboursement des soins n'est plus que de 49%", explique Agnès Bocognano. Elle conclut : "Cet écart croissant, qui a longtemps été le fruit d'un non-choix politique, nous entraîne vers une conception plus libérale de la santé."

John Sutton

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