Elections : Jean-Pierre Davant place la santé au coeur du débat social

Le président de la Mutualité Française interpelle les candidats à l'élection présidentielle dans une tribune publiée dans "Le Monde" du 7 mars 2007. Dans cet article, Jean-Pierre Davant les invite à se prononcer sur l'avenir de la politique sanitaire et sociale de notre pays : égalité d'accès aux soins, amélioration de la qualité de notre système de santé, financement de la Sécu, prévention.

Voici le texte intégral de la tribune du président de la Mutualité française, Jean-Pierre Davant, publiée dans "Le Monde".

"A ce jour, les questions de santé sont encore largement absentes du débat présidentiel. Elles sont pourtant l'une des préoccupations essentielles des Françaises et des Français. La santé et la protection sociale, c'est le rapport à la vie, notre vie, celle de ceux que nous aimons, de ceux qui nous entourent quotidiennement. Affirmer que chacun doit avoir les mêmes chances face à la maladie, considérer que pour tendre vers cet objectif, il convient de faire appel à la solidarité nationale et admettre que cela implique une gestion rigoureuse des ressources collectées, n'est-ce pas là un choix majeur de société, un acte politique essentiel ? La Mutualité française souhaite que le débat s'ouvre enfin, en toute transparence. Du seul point de vue qui vaille : celui du malade et de sa famille.

Notre système de santé est souffrant. Les symptômes sont bien connus. Ils sont d'abord sanitaires. Quel que soit le dévouement des professionnels, le système de santé français reste en deçà de ses ambitions. Trop souvent, il ne revêt pas le caractère d'excellence que bien des responsables politiques se complaisent à lui prêter... Par méconnaissance ou pour n'avoir pas à agir ? Dans tous les cas, c'est fort regrettable car en modifiant nos types d'organisation, nos résultats sanitaires et sociaux pourraient être bien meilleurs et mieux partagés.
La "mortalité prématurée évitable" persiste à un niveau élevé, notamment dans les familles les plus modestes. Dépassements d'honoraires, exercice privé à l'hôpital public, forfaits à la charge des assurés sociaux pour chaque consultation et hospitalisation, enfin refus de prise en charge de bénéficiaires de la couverture maladie universelle par certains professionnels de santé : l'accès aux soins se dégrade de façon préoccupante.

L'offre de soins est elle-même insuffisante dans certaines régions, notamment à la campagne ou dans les banlieues populaires. La formation continue des professionnels de santé, l'évaluation de leurs pratiques au regard du respect de standards de qualité, ainsi que la restructuration des établissements sur le fondement de critères liés notamment à la sécurité et à la qualité des soins qui y sont dispensés, n'en sont qu'à leurs balbutiements. Payer au prix fort les soins n'est pas en France une garantie de qualité. On peut être très riche, pousser la mauvaise porte, s'acquitter de dépassements d'honoraires considérables et... être très mal soigné !

De plus, les dispositifs de prévention restent d'une portée limitée. Les prescriptions de médicaments, qui sont supérieures à celles de nos principaux partenaires européens, ne se réfèrent pas toujours aux recommandations de bonne pratique.

Les symptômes sont ensuite financiers. Le besoin de financement de l'assurance maladie obligatoire a atteint un niveau record en 2003 et 2004. Depuis, le « trou de la Sécu » enregistre une simple décélération. Ce besoin de financement résulte d'une part du faible dynamisme des recettes de la Sécurité Sociale et d'autre part du caractère mal maîtrisé de l'évolution des dépenses de santé, hospitalières bien sûr, mais aussi ambulatoires. Sans une réforme de ses sources de financement, ni une meilleure maîtrise de l'évolution de ses dépenses, la « Sécu » restera menacée. L'affaire est complexe, mais il faut en parler. Il en va de la pérennité de l'assurance maladie obligatoire qui, depuis soixante ans, est l'un des fondements de notre pacte social.

Pour le préserver, c'est l'ensemble des dépenses de santé, et non pas seulement celles prises en charge par la Sécurité sociale, qu'il importe de mieux maîtriser. Les politiques de santé et de protection sociale, en effet, ne sauraient se limiter à des transferts de charge de l'assurance maladie obligatoire vers les mutuelles et les ménages, ou à l'augmentation de la dette publique dont le remboursement incombera aux générations futures. Ces transferts sont une fuite en avant. A ce jeu-là, rien ne change durablement, ni fondamentalement. Et ce sont toujours les Françaises et les Français qui finalement paient, en tant que patients, assurés sociaux, adhérents mutualistes, contribuables ou cotisants. Surtout s'ils ne bénéficient pas d'une assurance maladie complémentaire, ce qui reste le cas, considérable, de plus de cinq millions de personnes !

Consciente de cette situation, la Mutualité française proposera de nouveaux services à l'ensemble des adhérents mutualistes à partir de janvier 2008, en matière d'information, de prévention, de soins et d'accompagnement, pour les malades qui souffrent de cancers, de maladies cardio-vasculaires et d'addictions, de même que pour les personnes handicapées. D'autres projets suivront, pour répondre au même objectif : que les cotisations des adhérents financent des soins de qualité. C'est l'intérêt des 38 millions de personnes protégées par les mutuelles.

Mais nous souhaitons que tous les habitants de notre pays aient également accès aux meilleurs des soins. A cette fin, nous questionnerons les candidats républicains à la présidentielle sur les thèmes suivants : l'égalité d'accès aux soins, l'amélioration de la qualité de notre système de santé sur l'ensemble du territoire, le financement de nos besoins de santé.

A l'heure des grands choix politiques, il serait temps que ceux qui aspirent à gouverner notre pays nous fassent part de leurs analyses et de leurs propositions. L'avenir de la politique sanitaire et sociale de notre pays mérite ce débat. C'est une des conditions indispensables pour conduire demain le changement. La science médicale s'enrichit chaque jour de connaissances nouvelles. Refuser de faire évoluer en permanence notre système de soins pour en tenir compte, c'est tout simplement... refuser le progrès".