Edition : la collection « Tapage » va faire du bruit !

La Mutualité française et les Editions Pascal ont lancé le 18 novembre, à Paris, une nouvelle collection santé baptisée "Tapage". Destinée au grand public, elle aborde sans tabou des questions de santé et de protection sociale. Les deux premiers ouvrages livrent une analyse critique du fonctionnement de la médecine générale et de la prise en charge de la dépression.

La Mutualité française et les Editions Pascal ont lancé le 18 novembre, à Paris, une nouvelle collection santé baptisée "Tapage". Destinée au grand public, elle a pour vocation de traiter des questions de santé et de protection sociale de manière non convenue. "Ces sujets occupent une place centrale dans la vie quotidienne des Français. Il faut savoir les aborder de différentes manières. Cette nouvelle collection vise à offrir à des auteurs de tout horizon un espace de libre parole qui n'engagera qu'eux", a expliqué le président de la Mutualité française lors d'une conférence de presse. "Elle est aussi ouverte à tous ceux qui ne partagent pas obligatoirement les thèses qui sont les nôtres, mais qui pourront nous faire réfléchir dans le cadre de notre activité", a ajouté Jean-Pierre Davant.

"Médecine d'épicerie"

Le premier ouvrage publié s’intitule "La médecine à l'envers". Il est écrit par le Dr André Chassort, généraliste dans le Charolais et membre du Conseil scientifique et médical de la Mutualité française. Ce praticien livre, à travers son expérience de médecin de campagne et d'ancien secrétaire général adjoint du Conseil national de l'ordre des médecins, une analyse étayée des dysfonctionnements du système de santé.
Pour lui, ce système français, bien que considéré comme l'un des meilleurs au monde, fonctionne tout simplement à l'envers : formation, prescription, rémunération, évaluation des pratiques, permanence des soins sont fréquemment pratiquées en dépit du bon sens. S'appuyant sur son exercice quotidien, il explique comment la médecine est insidieusement devenue un bien de consommation, voire de surconsommation comme les autres. Et démontre à quel point la "médecine d’épicerie" pratiquée par certains va à l'encontre de la qualité des soins.

Au-delà de la vision critique, l'auteur se risque à une série de propositions visant à sauver un système qui s'enraye. "Les modifications profondes de l'organisation des soins, a-t-il expliqué lors de cette conférence de presse, "viennent et viendront toujours des patients". C'est pourquoi André Chassort prône un effort pédagogique auprès des patients, pourquoi pas dès l'école, pour leur apprendre, entre autres, "à se passer des médecins". Une formule provocatrice qui invite, en fait, les patients à ne consulter que lorsque c'est nécessaire.

"Pensée unique" sur la dépression

Dans sa Lettre ouverte aux déprimés, Pascal-Henri Keller, professeur de psychopathologie à l'université de Poitiers et psychanalyste, livre une vision iconoclaste de la dépression. Pas question pour lui d’adhérer à "la pensée unique qui veut que la dépression soit une maladie". "D’ailleurs, a-t-il assuré devant les journalistes, il n'y a pas de marqueur biologique de la dépression. Pourtant, la notion de la maladie "dépression" est ancrée dans les esprits au même titre que la cataracte ou l'arthrose". "Il suffit qu'un médecin ait nommé la chose pour qu'elle existe", déplore Pascal-Henri Keller. Ces mêmes médecins utilisent un test de diagnostic en cinq questions leur permettant de déterminer si un patient est dépressif ou non.
"Réduire la vie psychique d'un individu à cinq questions ne rime à rien", estime l'universitaire. Le problème, selon lui, est que les médecins généralistes ne sont pratiquement pas formés à la psychologie : à peine une dizaine d'heures dans la première année de leur cursus. Lorsqu'ils se retrouvent face à une plainte dépressive, ils transposent leurs connaissances des maladies organiques sur ce qui relève de la vie psychique.

Recours systématique aux antidépresseurs

Relativement démunis, les praticiens ne trouvent souvent comme oreille attentive que celle des représentants de l'industrie pharmaceutique, pour qui les patients souffrant d'un mal-être (souffrance au travail, deuil, difficultés conjugales) sont "une manne". La réponse est donc souvent médicamenteuse, avec la cohorte d'effets secondaires que peuvent provoquer les psychotropes Or, pour Pascal-Henri Keller, rien ne prouve que le recours aux antidépresseurs soit la bonne manière de traiter ces patients.

"J'essaye d’ouvrir les portes de la réflexion, explique-t-il, il n'y a pas une manière unique d'aborder l'état déprimé de quelqu'un." Et d'ajouter : "En disant à un déprimé "Vous n’êtes pas malade", on ouvre le dialogue, tandis que lui dire "Vous êtes déprimé" revient à le stigmatiser et à rejeter sur lui la responsabilité."

Sabine Dreyfus et Christophe de La Mure

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)