Déserts médicaux : la priorité d’Agnès Buzyn

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est favorable à des mesures fiscales pour inciter les médecins à s'installer dans les déserts médicaux.

Dans une interview au Parisien, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, annonce qu'elle fera de la désertification médicale sa "grande priorité". La désertification "cause un désarroi absolu dans la population. Des citoyens, des malades, des médecins, des maires se sentent abandonnés", estime la ministre. Agnès Buzyn annonce qu'un budget sera alloué pour "permettre aux territoires de mettre en place des actions selon leurs besoins spécifiques". Elle se dit favorable à la création de "maisons de santé pluridisciplinaires".

"Prenez le cas d'une ville avec un ou plusieurs hôpitaux, explique-t-elle. Une à deux fois par semaine, certains médecins pourraient être "détachés" pour aller donner une consultation dans les endroits en désertification, sans avoir l'obligation d'y vivre. Idem pour les médecins libéraux. Dans un rayon de 30 à 50 km, ils pourraient faire une consultation temporaire." La ministre est aussi favorable à la télémédecine "pour des consultations en dermatologie, ou en psychiatrie". Et promet "des expérimentations dans les prochains mois".

Pourquoi ne pas restreindre la liberté d'installation des médecins ?, interroge Le Parisien. "On ne peut pas forcer des médecins qui ont fait onze ou douze ans d'études à s'installer quelque part, répond la ministre de la Santé. (…) En revanche, on peut les attirer avec des mesures fiscales avantageuses. Si on ne fait rien, la situation va empirer dans les dix prochaines années."

Dans un autre registre, Agnès Buzyn entend rendre obligatoires onze vaccins (poliomyélite, tétanos, diphtérie, coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C) "pour une durée limitée, qui pourrait être de cinq à dix ans". Aujourd'hui seuls trois vaccins infantiles sont obligatoires : diphtérie, tétanos et poliomyélite et huit autres, dont la coqueluche, l'hépatite B ou la rougeole sont seulement recommandés, rappelle-t-elle. "Ce double système est une exception française. Cela pose un vrai problème de santé publique", estime la ministre, signalant que "la rougeole réapparaît" et qu'elle a causé la mort de dix enfants depuis 2008. "On a le même problème avec la méningite. Il n'est pas supportable qu'un ado de 15 ans puisse mourir parce qu'il n'est pas vacciné."

"Dès que l'on parle d'obligation vaccinale, cela déclenche des polémiques", constate, dans Le Parisien, le Pr Alain Fischer, président de la Concertation citoyenne sur les vaccinations. "Malheureusement il n'y a pas d'autres solutions pour lutter contre la recrudescence des maladies infantiles. C'est un mal transitoire pour un bien sur le long terme", estime-t-il. Pour Jacques Bessin, président de l'Union nationale des associations citoyennes de santé (Unacs), l'obligation est une " hérésie". Face à cette polémique, la ministre rappelle que "la vaccination (…) est un enjeu de solidarité, une façon de protéger l'ensemble de la société".

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John Sutton

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