Des franchises pour rien

"Inefficaces." Tel est le jugement porté sur les franchises médicales par Jean-Pierre Davant, interrogé en direct hier matin sur France Info. Pourquoi la Mutualité Française "se bat-elle" contre ces franchises depuis l’annonce du projet, interroge le journaliste de France Info ? Cette mesure du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2008 ne permettra "en rien de ramener notre système d’assurance maladie à l’équilibre", répond le président de la Mutualité Française.

La part non remboursée de 50 centimes d’euro instaurée sur les médicaments et les actes paramédicaux ainsi que la somme de 2 euros imposée sur les transports sanitaires représentent aux yeux du mouvement mutualiste des mesures inacceptables : "Ce qui nous choque, c’est qu’on fait payer les malades", déplore Jean-Pierre Davant, contrairement au système actuel où chacun "cotise en fonction de ses capacités contributives et reçoit en fonction de ses besoins".

Quant aux arguments avancés par le gouvernement pour légitimer la mise en place de ces franchises, à savoir le financement du cancer, de la maladie d’Alzheimer et des soins palliatifs, le président de la FNMF évoque un "paravent". En fait, rappelle-t-il, "on nous a d’abord dit dans un premier temps qu’elles étaient faites pour rétablir la situation financière des soins qui est catastrophique".

Certes, la "Sécu" souffre d’un déficit de plus de 12 milliards d’euros et le président de la Mutualité juge indispensable la mise en place de mesures d’urgence. Mais les franchises ne parviendront absolument pas à combler ce trou. En outre, ces forfaits ne permettront "en rien d’améliorer la qualité des soins qui se dégrade continuellement en France. Regardez les affaires d’Epinal et de Toulouse en ce qui concerne la radiothérapie", poursuit-il au micro de France Info.

L’impact sur la démographie médicale sera également inexistant. "Les franchises ne permettent pas non plus de répartir mieux nos médecins sur l’ensemble du territoire", relève Jean-Pierre Davant. Le président a également abordé cette question "du déséquilibre de la présence médicale" dans une interview donnée samedi à La Dépêche du Midi (page 3).

Les franchises risquent également d’être à l’origine de "difficultés supplémentaires pour les familles modestes". Le président a dénoncé sur France Info un "surenchérissement de l’accès aux soins".

Un sentiment partagé également par les quelque 20.000 personnes qui ont manifesté samedi à Paris à l’appel de deux associations de malades, la Fnath (accidentés de la vie) et l’Andeva (victimes de l’amiante), indique Libération (page 26). Défilant pour une indemnisation intégrale des accidents du travail, les manifestants dénonçaient aussi l’instauration de cet "impôt sur la maladie", rapporte ce quotidien dans sa nouvelle formule lancée aujourd’hui.

Ce rejet des franchises est aussi partagé par le syndicat de médecins généralistes, MG France, souligne L’Humanité (page 6). Celui-ci fait observer que les franchises aggraveront le déficit au lieu de le combler en provoquant "une désorganisation des soins".

 

A lire aussi dans la presse - Les consultations de Médecins du monde

Le rapport annuel de Médecins du monde (MDM), qui vient d’être rendu public, fait apparaître quelques changements. Pour la première fois, indique Libération (page 18), les chiffres de fréquentation de cette ONG sont en diminution : "Près de 16% des consultations en moins dans tous les dispensaires de MDM l’an dernier."

Pour l’organisation humanitaire, "les reculs administratifs (…), l’atmosphère de déni de droits, de suspicion et bien sûr les chasses à l’étranger" suscitent des peurs qui freinent les plus pauvres pour se faire soigner. Toutefois, sur les 38.490 consultations assurées, Médecins du monde constate "une part toujours plus importante des femmes" (45% des consultations) et une diminution constante du nombre des patients français entre 2000 et 2006 en raison de la mise en place de la couverture maladie universelle (CMU).

Sur l’ensemble des personnes consultées, note le rapport, 20% vivent dans la rue, 40% dans un logement précaire. Les pathologies articulaires, respiratoires et les affections de la peau sont les motifs de consultation les plus fréquents, même si des troubles psychologiques sont également constatés.

Jusqu’alors, les ressortissants des pays d’Afrique du Nord étaient les plus nombreux à consulter, note enfin Libération. Ils sont aujourd’hui remplacés par les Roumains, qui "occupent largement la première place avec 22% des patients".

Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)