Dépendance : le casse-tête du financement

Depuis sa création en 2002, le coût de l'allocation personnalisée d'autonomie (Apa) ne cesse de progresser. Avec le vieillissement de la population, le montant de cette aide, qui est de 5,5 milliards d'euros au­jourd'hui, pourrait atteindre 11,2 milliards d'euros en 2040.

Une véritable "bombe financière", commentent Les Echos (page 8) dans leur édition du jour, dont la rédaction a été entièrement confiée à plus de 200 personnalités de la politique, de l'économie et de la culture.

Comme le souligne le président de l'université Paris IV-Sorbonne, Barthélémy Jobert, chargé de rédiger l'article sur les perspectives floues en matière de dépendance, le problème est "d'autant plus complexe qu'il s'accompagne d'une très grande disparité de situations et de financements au niveau institutionnel".

Actuellement, rappelle-t-il dans les colonnes du quotidien sur la base d'un rapport publié par Cap retraite, ce sont les départements qui financent l'Apa à hauteur 70%. Or tous ne disposent pas des mêmes moyens, d'autant que le nombre de bénéficiaires est également très variable. On compte en effet, 3,7% de bénéficiaires dans le Nord, 2,8% dans le Pas-de-Calais et les Bouches-du-Rhône, tandis qu'ils représentent 11,2% de la population totale du Gers, 11,7% de celle de la Creuse et 12,8% de celle l'Aveyron.

"La part de l'Apa dans le budget de l'Aveyron, de la Creuse et du Gers se situe autour de 14% (la moyenne nationale étant à 7%), complète le quotidien économique, alors que les Yvelines, l'Essonne et les Hauts-de-Seine y consacrent moins de 5%."

Du point de vue national, on compte en moyenne 29,5 cotisants pour un bénéficiaire de l'aide. Ramené au département, ce rapport peut également connaître de grands écarts en raison de la densité de population de chacun. "Si le financement était entièrement local, remarque alors Barthélémy Jobert, un habitant de l'Essonne devrait payer seulement 78 euros par an au titre de la dépendance, là où un Creusois devrait en débourser 375, soit presque cinq fois plus."

Aucune solution miracle n'existe pour financer ce risque, estime Jean-Philippe Demaël, directeur général de Somfy, chargé d'un article sur "l'enjeu brûlant" que représente le financement du maintien de l'autonomie. "A cheval entre l'Etat et la Sécurité sociale, qui prennent en charge soins médicalisés, et les conseils généraux pour l'accompagnement social", sa gestion n'est pas optimale, note ce dirigeant, qui invite toutefois à ne pas le considérer "uniquement comme une menace" mais aussi comme "une opportunité de croissance". Le maintien de l'autonomie crée en effet des emplois dans les services à la personne : 350.000 pourraient ainsi l'être d'ici à 2020.

Dans un entretien, Martine Pinville, députée (PS) de Charente et auteur d'un rapport sur les services à la personne avec la députée (UMP) Bérengère Poletti, estime de son côté que faute de moyens pour l'instant, il est impossible de "rapatrier le risque de dépendance au sein de la Sécurité sociale". Par conséquent, la création du "cinquième risque" devra encore attendre.

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Selon une étude menée auprès de 170.000 patients en France par IMS Health France et le Cercle de réflexion de l'industrie pharmaceutique (Crip), 5 milliards d'euros par an, pourraient être économisées dans les dépenses de médicaments, simplement par un meilleur suivi des traitements prescrits. En effet, rapportent Les Echos (page 29), un mauvais suivi génère des surcoûts de l'ordre de 9 milliards d'euros, sur un montant total des dépenses de santé d'environ 170 milliards d'euros par an.

Parmi les pathologies les plus concernées par cette mauvaise observance, on trouve l'asthme (où seuls 13% des patients sont considérés comme observants) ou bien encore l'hypertension artérielle (HTA), dont seuls 40% des patients suivent régulièrement leur traitement.

Les raisons de ces défaillances "tiennent au patient lui-même, au médecin et au pharmacien, aux caractéristiques des médicaments (posologie, présentation, durée de traitement etc.) et enfin à la manifestation des pathologies", indique Pierre-Henri Benhamou, président de DBV Technologies et journaliste pour cette édition spéciale du quotidien économique.

Au-delà de l'enjeu financier, une meilleure observance permettrait de décupler l'efficacité des traitements, souligne l'étude. Pour cela, les pouvoirs publics et l'industrie pharmaceutique doivent se mobiliser, d'autant que leurs "intérêts sont, pour une fois, alignés". Les auteurs de l'étude suggèrent donc "sensibiliser les professionnels de santé à cette problématique et d'améliorer l'information des patients ».

Frédéric Lavignette

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