Dénigrement des génériques du Plavix® : 40 millions d’euros d’amende pour Sanofi-Aventis

L'Autorité de la concurrence vient de sanctionner les laboratoires Sanofi-Aventis à hauteur de 40,6 millions d'euros "pour avoir mis en place auprès des professionnels de santé une stratégie de dénigrement à l'encontre des génériques de l'anticoagulant Plavix®". Ce blockbuster de l'industrie pharmaceutique était le 4e médicament le plus vendu au monde avant d'être génériqué.

"Abus de position dominante", "instillation d'un doute sur la qualité et la sécurité des génériques de Plavix®, sans le moindre fait avéré", "discours trompeur" auprès "des professionnels de santé" : c'est par ces termes que l'Autorité de la concurrence a condamné les laboratoires Sanofi-Aventis le 14 mai à une amende de 40,6 millions d'euros pour pratiques anticoncurrentielles contre les génériques du Plavix®.

L'anticoagulant Plavix® était le 4e médicament le plus vendu au monde avant d'être génériqué. "Il représentait en 2008 le premier poste de remboursement de l'assurance maladie en France, soit 625 millions d'euros", rappelle l'Autorité de la concurrence. Commercialisé en 1998, le brevet du Plavix® tombe dans le domaine public dix ans plus tard. Dès 2009, le marché du clopidogrel – la dénomination commune internationale (DCI) du principe actif de ce médicament – s'ouvre aux laboratoires génériqueurs.

Une stratégie de manipulation fondée sur le dénigrement

Dès cette date, Sanofi-Aventis met en œuvre une stratégie de "dénigrement à l'encontre des génériques du Plavix®", estime l'Autorité de la concurrence. Son objectif : limiter l'entrée de ces médicaments sur le marché et favoriser ses propres produits, à savoir le produit princeps Plavix® et son auto-générique Clopidogrel Winthrop.

"Les visiteurs médicaux et délégués pharmaceutiques de Sanofi-Aventis ont diffusé à l'échelle nationale auprès des médecins et des pharmaciens un discours jetant le doute sur l'efficacité et l'innocuité des génériques concurrents", dénonce l'Autorité. A cette occasion, Sanofi-Aventis laisse entendre que la responsabilité des professionnels de santé "pourrait être engagée en cas de problème médical consécutif à la prescription et/ou la délivrance de ces médicaments de substitution".

Un abus de position dominante

Ce "discours trompeur" suscite de fortes inquiétudes chez les professionnels de santé, et rencontre un écho important. "Cette pratique grave a freiné de façon substantielle le processus de substitution", souligne l'Autorité de la concurrence. Entre janvier 2010 et août 2011, l'assurance maladie "estimait la perte liée aux économies non réalisées à 38 millions d'euros".

Pendant ce temps, Sanofi-Aventis fait ses choux gras avec son princeps et son propre générique du Plavix®. Le labo "bénéficie d'une part de marché de plus de 34% sur le segment des génériques du clopidrel" environ "quatre fois supérieure à celle que Sanofi-Aventis détient habituellement sur le marché français des génériques". Pour l'Autorité de la concurrence "les pratiques relevées sont particulièrement graves et justifient la sanction de 40,6 millions d'euros infligée à cette entreprise".

Ghislaine Trabacchi

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